Le Festival musical de Namur a poursuivi sa programmation estivale sous le signe de l’exploration avec, le 9 juillet, un concert consacré à des œuvres rarement jouées du corpus baroque portugais. La formation lisboète Bonne Corde, dirigée par sa fondatrice Diana Vinagre, a proposé une restitution de plusieurs concerti grossi d’António Pereira da Costa, complétée par un concerto de Francesco Geminiani.
Une exhumation musicale
Publié à Londres vers 1741, l’opus 1 d’António Pereira da Costa ne subsiste aujourd’hui que sous la forme de parties séparées, situation qui a rendu l’exécution de ces œuvres délicate. Pour le concert namurois, la partie de violoncelle a été reconstituée par le claveciniste de l’ensemble, Fernando Miguel Jaloto, permettant de restituer la largeur sonore et les oppositions entre solistes et ripieno propres au genre.
- Interprète : ensemble Bonne Corde (Lisbonne)
- Direction artistique : Diana Vinagre
- Lieu : Concert Hall du Grand Manège, Namur
- Date : 9 juillet
Programme et confrontations stylistiques
Le concert mettait en regard trois concerti de Da Costa avec des modèles et des contemporains italiens — notamment un parfait archétype corellien et un concerto de Francesco Geminiani — afin de mesurer la singularité et les limites du discours du compositeur portugais. Les mouvements courts et certains traits rythmiques vigoureux de Da Costa apparaissent ainsi dans un dialogue critique et éclairant avec les standards du XVIIIe siècle.
| Compositeur | Pièce | Opus / N° | Tonalité |
|---|---|---|---|
| António Pereira da Costa | Concerto grosso | Op. 1 n°10 | Ut majeur (do) |
| António Pereira da Costa | Concerto grosso | Op. 1 n°6 | Si mineur |
| António Pereira da Costa | Concerto grosso | Op. 1 n°9 | La majeur |
| Francesco Geminiani | Concerto grosso | Op. 7 n°2 | Ré mineur |
Un témoignage rare de la musique baroque portugaise
Peu d’éléments biographiques sur Da Costa sont aujourd’hui vérifiables : il aurait été prêtre et maître de chapelle à Funchal, sur l’île de Madère. Le contexte historique complique encore l’étude : les destructions documentaires provoquées par le séisme de 1755 ont réduit les traces manuscrites, faisant de cet opus 1 l’unique ensemble connu de concerti grossi produits au Portugal à cette époque.
La restitution conduite à Namur s’inscrit aussi dans une démarche discographique : l’ensemble Bonne Corde a enregistré six de ces concerti pour le label Ramée, contribuant à la visibilité de ce répertoire méconnu.
Sous l’égide du directeur du festival, Jean‑Marie Marchal, et dans le cadre du thème « Voyages » porté par la Fédération des Festivals de Wallonie, cette programmation illustre la volonté du festival de croiser recherche musicologique et exécution scénique, offrant au public namurois l’occasion de découvrir des pièces rarement entendues sur nos scènes.