Les données publiées jeudi 16 juillet par l'Institut bruxellois de statistique et d'analyse (IBSA) dressent un tableau préoccupant de la situation scolaire en Région de Bruxelles-Capitale. Pour l'année scolaire 2024-2025, les indicateurs retenus par l'institut font apparaître une progression de l'absentéisme injustifié et un niveau d'abandon scolaire supérieur à la moyenne nationale.
Absences et décrochage : des chiffres en hausse
L'IBSA constate que, parmi les élèves bruxellois, 26 % des élèves du secondaire ont accumulé au moins neuf demi-jours d'absence injustifiée durant l'année scolaire 2024-2025. À titre de comparaison, cette proportion s'élève à 17 % au niveau belge. Dans l'enseignement fondamental, 14 % des enfants bruxellois atteignent ce seuil (contre 6 % au plan national).
Ces indicateurs montrent une tendance à la hausse depuis 2019-2020, souligne l'IBSA : l'écart entre la Région bruxelloise et la moyenne belge « tend à se creuser ». Les auteurs du focus ont combiné plusieurs paramètres pour approcher la notion de décrochage scolaire, parmi lesquels l'absentéisme « problématique » et l'abandon précoce.
Abandon scolaire : Bruxelles au-dessus de la moyenne nationale
Concernant la sortie du secondaire sans qualification, le constat est clair : en 2024-2025, 18 % des jeunes bruxellois n'ont pas obtenu la qualification requise à la fin de leurs études secondaires. Ce taux est supérieur à la moyenne belge, qui s'établit à 12 %. Contrairement à l'absentéisme, ce chiffre bruxellois apparaît stable sur la période étudiée.
| Indicateur | Région de Bruxelles-Capitale (2024-2025) | Moyenne belge (2024-2025) |
|---|---|---|
| Élèves du fondamental ≥ 9 demi-jours d'absence injustifiée | 14 % | 6 % |
| Élèves du secondaire ≥ 9 demi-jours d'absence injustifiée | 26 % | 17 % |
| Sortie du secondaire sans qualification | 18 % | 12 % |
Limites du suivi : pas de statistique sur le décrochage « absolu »
L'IBSA précise toutefois ses limites méthodologiques. Les statisticiens n'ont pas pu mesurer le décrochage « absolu » — c'est-à-dire les enfants soumis à l'obligation scolaire mais non inscrits dans un établissement — faute de données fiables permettant de construire cet indicateur en Région bruxelloise. En conséquence, le focus rend compte d'une partie du phénomène, mais pas de sa totalité.
Dans le débat public, la question de la priorité donnée aux jeunes revient régulièrement. Un collectif de Centres psycho-médico-sociaux (CPMS) a récemment dénoncé le contenu d'un décret sur le décrochage adopté en Fédération Wallonie-Bruxelles, estimant que "Les jeunes ne sont pas une vraie priorité".
"Les jeunes ne sont pas une vraie priorité"
Conséquences locales et pistes à suivre
Au-delà des chiffres, ces tendances ont des répercussions concrètes : difficultés d'insertion professionnelle, pression accrue sur les dispositifs d'accompagnement et sur les services d'orientation, ainsi que des besoins renforcés en matière d'interventions préventives et de remédiation. Les écarts géographiques sont également mentionnés dans le focus : le « pôle urbain majeur » de Bruxelles présente des taux d'absentéisme importants, même si ceux-ci restent inférieurs à certains territoires comme Charleroi.
- Renforcement des actions de dépistage précoce de l'absentéisme.
- Coordination accrue entre écoles, CPMS et services sociaux pour le suivi des jeunes en risque.
- Meilleure disponibilité de statistiques sur les enfants non-inscrits pour mesurer le décrochage absolu.
Les chiffres de l'IBSA constituent un signal d'alarme pour les autorités régionales et les acteurs scolaires. Pour que ces constats se traduisent en politiques efficaces, il faudra à la fois des moyens supplémentaires, une meilleure collecte d'informations et une coordination plus fine sur le terrain entre les services éducatifs et sociaux.