La récente tribune publiée dans la presse met en lumière ce que nombre d'observateurs dénoncent depuis plusieurs années : l'Union européenne fait de la régulation son instrument central en matière numérique, au risque d'occulter un retard technologique persistant.
Régulation contre construction industrielle
Les auteurs rappellent d'abord que le numérique figure parmi les priorités des institutions européennes depuis au moins 2014, sous la Commission de Jean‑Claude Juncker. Selon eux, loin d'avoir permis une montée en puissance industrielle, cette orientation a souvent abouti à une production continue de textes réglementaires sans réussir à bâtir une véritable souveraineté technologique.
"La cause est entendue : l’Europe, en matière digitale, est en échec."
La critique porte sur un double mécanisme : une propension à désigner des responsables extérieurs (entreprises ou décisions politiques étrangères) et une dépendance croissante à des acteurs extra‑européens. Les noms cités dans la tribune vont de grands groupes technologiques à des personnalités publiques, illustrant la tentation de la fausse explication par les boucs émissaires.
Domaines ciblés et diagnostic
Les secteurs évoqués — cloud, intelligence artificielle, microprocesseurs — sont présentés comme des domaines où les indicateurs montrent, selon les auteurs, un écart croissant entre l'UE et ses concurrents. La méthode européenne, fondée sur la réglementation, n'apporterait pas seule les capacités industrielles manquantes.
| Domaines | Problème souligné |
|---|---|
| Cloud | Dépendance aux fournisseurs non‑européens |
| Intelligence artificielle | Régulation intense, mais capacités limitées |
| Microprocesseurs | Retard industriel marqué |
Conséquences politiques
La tribune signale aussi un coût politique : la mise en cause périodique d'acteurs extérieurs — figures politiques ou entreprises — sert parfois de dérobade face à des choix internes insuffisants. On y retrouve des références à des débats récents sur la scène européenne et aux tensions politiques internes qui compliquent la construction d'une stratégie commune.
- Risque : substituer la régulation à la politique industrielle.
- Effet : accroissement de la dépendance aux technologies non‑européennes.
- Question : comment concilier protection des valeurs et renforcement des capacités?
Sans proposer de feuille de route détaillée, la tribune met en garde contre une lecture trop simple des difficultés européennes : la multiplication des textes et des condamnations publiques ne remplace pas le développement d'une industrie numérique robuste. Pour les responsables et observateurs belges, ces constats alimentent un débat déjà sensible sur la stratégie nationale et européenne en matière de compétitivité et de souveraineté technologique.
Camille Laurent, cheffe de service Politique, InfoRadar.