En France, une filière que l’on disait exsangue s’offre un second souffle. En Auvergne, la culture du tabac repart, portée par des marchés de niche — e-liquides et cigarillos — et par une dynamique collective réactivée. Cette reprise s’affirme en dépit d’un contexte national où la consommation diminue depuis une décennie.
Une filière au bord de la rupture, puis la réorganisation
Le point de bascule est intervenu en 2019, avec l’arrêt de la dernière usine française de transformation, à Sarlat-la-Canéda (Dordogne), qui a fragilisé l’ensemble de la chaîne. Les volumes nationaux ont ensuite reculé: de 4.230 tonnes en 2020 à 3.670 en 2024 (FranceAgriMer). Au même moment, les indicateurs de santé publique confirment la contraction du tabagisme. Selon le Baromètre 2024 de Santé publique France et l’enquête ESPAD 2024, le pays connaît
« un changement profond de société »avec, en dix ans, 4 millions de fumeurs quotidiens en moins parmi les 18-75 ans.
| Année | Production nationale |
|---|---|
| 2020 | 4.230 tonnes |
| 2024 | 3.670 tonnes |
En Auvergne, une relance ciblée et outillée
Après une phase d’ajustement, les planteurs auvergnats ont reconfiguré leur organisation. La coopérative Périgord Tabac, à laquelle ils étaient affiliés, a fusionné en 2024 avec Tabac Adour-Garonne, ouvrant un nouveau cycle. L’objectif est clair: doubler les surfaces dédiées. Dans le Puy-de-Dôme, on recense aujourd’hui une trentaine de producteurs pour environ 30 hectares.
Le mouvement s’appuie sur des outils mutualisés. La CUMA tabacole de Thuret propose la location du matériel indispensable, du semis à la récolte. La coopérative soutient également l’équipement des exploitations. Cette architecture technique et financière, ajustée aux débouchés des e-liquides et des cigarillos, rassure et attire de nouveaux profils, entre reprise d’activité et premières implantations.
« On nous voyait un peu comme les “derniers des Mohicans” sur le territoire. Mais désormais la machine est relancée, sept planteurs nous ont rejoint depuis le début de l’année, des nouveaux et un qui relance la production qu’il avait arrêtée »
témoigne Thomas Pannetier, président du Syndicat des producteurs de tabac Auvergne-Bourbonnais.
Entre sobriété des usages et valeur de terroir
Cette remontée n’efface pas la tendance de fond: la baisse des volumes nationaux et l’évolution des pratiques. Elle illustre plutôt une spécialisation et une montée en valeur de productions à petite échelle, calibrées pour des marchés précis. Sur le terrain, les agriculteurs misent sur des itinéraires techniques rationnalisés et une logistique partagée, afin de préserver la rentabilité dans un environnement de consommation plus sobre.
- Reconfiguration de la gouvernance: fusion coopérative en 2024.
- Cap sur les débouchés spécifiques: e-liquides et cigarillos.
- Objectif de doublement des surfaces en Auvergne, avec nouveaux planteurs.
Un pari sur la transmission des savoir-faire
La démarche auvergnate s’inscrit dans une logique de pérennisation des savoir-faire agricoles, tout en accompagnant le recentrage des usages. L’arrivée de sept planteurs depuis le début de l’année, évoquée par la profession, laisse entrevoir une base de production plus large et mieux structurée. Dans un contexte où la consommation générale se contracte, la valeur se déplace vers l’ingrédient et la qualité plus que vers la quantité, exigeant des exploitations compactes mais techniquement affûtées.
Le contraste entre la décrue des volumes nationaux et la relance régionale ne signe pas une contradiction, mais un réalignement: produire moins, autrement, et pour des usages ciblés. L’Auvergne trace ici la voie d’une filière qui, sans renier son histoire, cherche une place viable dans un paysage socio-sanitaire transformé.