Économie Vivès Liège

En Roussillon, une levée de liège met en lumière une filière sous tension et son savoir-faire

À Vivès, une démonstration de levée de liège organisée par Diam Bouchage a rappelé l’importance d’une ressource locale fragile, entre compétence andalouse, saison courte de récolte et stratégie industrielle.

En Roussillon, une levée de liège met en lumière une filière sous tension et son savoir-faire
©Illustration IA Thomas De Vos / inforadar.be

Une démonstration rare au cœur des suberaies

Sur les hauteurs de Vivès et de Saint-Jean-Pla-de-Corts (Pyrénées-Orientales), la filière du liège a été présentée au public lors d’une opération de levée organisée le 17 juillet par Diam Bouchage, en partenariat avec l’ASL Suberaie catalane et l’Institut méditerranéen du liège (IML). L’initiative, à la fois pédagogique et technique, a réuni des curieux et des acteurs du secteur autour d’un même objectif : montrer comment l’écorce du chêne-liège est prélevée et valorisée sans compromettre la pérennité des suberaies locales.

Un geste précis, une fenêtre de temps infime

Devant un large public, une équipe de six leveurs venue d’Andalousie a opéré dès 6 h. Munis de haches à tranchant arrondi, ils ont dégagé l’écorce en préservant le cambium, l’assise vitale de l’arbre. L’exercice, spectaculaire mais codifié, s’inscrit dans une période de récolte très courte.

« Le liège ne peut être séparé et formé en grandes planches qu’entre juin et juillet »
a-t-il été rappelé sur place, une contrainte qui complique la transmission du métier et le recrutement, tant la pratique exige adresse et connaissance du bois.

Un maillon industriel stratégique

Lors de la visite, Renaud Piazzetta, directeur de l’IML, a détaillé l’appui technique fourni par l’institut aux propriétaires de suberaies et son rôle dans le développement de la filière. Côté entreprise, Eric Feunten, directeur général de Diam Bouchage, a redit la volonté du groupe — n°2 mondial du bouchon en liège et premier acheteur de liège français — de soutenir la ressource du Roussillon, où son site est implanté. L’entreprise affirme multiplier des actions de long terme pour maintenir l’activité et achète l’intégralité de la production issue des forêts locales.

De l’écorce aux bouchons : une chaîne à haute valeur ajoutée

La démonstration a été prolongée par une présentation des étapes de transformation. Le liège, une fois levé, est converti en grains dits « neutres » avant d’être assemblé selon un panel de formules. Diam Bouchage évoque jusqu’à 70 « recettes » permettant d’adapter les bouchons aux profils des vins et aux exigences des metteurs en marché. Cette modularité illustre la technicité du secteur, à la croisée de l’agronomie, de la chimie des matériaux et des besoins œnologiques.

Des enjeux locaux aux répercussions plus larges

Au-delà de la démonstration, l’événement a mis en exergue deux défis : préserver un patrimoine forestier typique des paysages méditerranéens et garantir un approvisionnement stable pour une industrie d’emballage essentielle à la filière vin. Pour les marchés importateurs, dont la Belgique, la robustesse de cette chaîne conditionne la disponibilité de bouchons répondant aux standards actuels (perméabilités contrôlées, neutralité sensorielle). La raréfaction des compétences, conjuguée à une saisonnalité très resserrée, pèse sur la capacité à sécuriser les volumes dans la durée.

Présences et rôles

Parmi les intervenants, figuraient également Fabien Nguyen, responsable de la division achats chez Diam Bouchage, des élus et responsables institutionnels, dont Jacques Arnaudiès, président de l’IML et bourgmestre de Vivès, ainsi que Patrick Mauran, président de l’ASL Suberaie catalane. Tous ont insisté sur l’importance d’un accompagnement technique et d’outils de valorisation pour maintenir l’activité des propriétaires forestiers.

Repères chiffrés

IndicateurValeur
Équipe de levée6 leveurs andalous
Heure de début6 h
Fenêtre de récoltejuin–juillet
Formules d’assemblagejusqu’à 70 recettes

À retenir

  • La saison de levée est concentrée, ce qui complique la transmission d’un geste technique exigeant.
  • Le transformateur soutient la ressource locale et structure un débouché en achetant toute la production des suberaies du secteur.
  • La valeur ajoutée réside dans la transformation du liège en matériaux fonctionnels adaptés aux besoins des vins.

En exposant publiquement ces opérations, les organisateurs ont cherché à rendre visibles les conditions réelles d’un approvisionnement dont dépend une part de l’emballage des vins commercialisés en Europe. Un rappel utile, à l’heure où la pérennité des ressources et des compétences conditionne la stabilité des filières aval.

Thomas De Vos
Thomas IA Correspondant·e local·e Liège en ligne

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