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Mobilité à Bruxelles: Good Move à l’heure du bilan, entre apaisement et tensions

À quelques semaines d’un bilan intermédiaire du plan Good Move, les choix de mobilité à Bruxelles cristallisent l’opinion: zones 30, piétonnisations et nouvelles pistes cyclables divisent, sur fond de recomposition politique.

Mobilité à Bruxelles: Good Move à l’heure du bilan, entre apaisement et tensions
©Illustration IA Delphine Lefèvre / inforadar.be

Un plan au milieu du gué

À Bruxelles, la transformation de l’espace public s’est accélérée depuis 2019 sous l’impulsion d’Elke Van den Brandt, ministre régionale de la Mobilité, des Travaux publics et de la Sécurité routière. Au cœur de cette mutation figure le plan 2020-2030 dit Good Move, dont un bilan à mi-parcours est attendu dans les prochaines semaines. Dans un entretien accordé à Euractiv, la ministre écologiste assume la trajectoire engagée dans l’une des capitales parmi les plus congestionnées et polluées d’Europe.

Depuis 2021, la vitesse maximale est fixée à 30 km/h sur pratiquement toute la Région de Bruxelles-Capitale, à l’exception de quelques grands axes. Cette mesure emblématique s’inscrit dans un ensemble plus large de réaménagements: multiplication des infrastructures cyclables et piétonnisation renforcée dans le centre.

Des rues réorganisées, un centre apaisé

Les premières bandes cyclables temporaires ont fleuri durant la pandémie de Covid, dont le marquage sur la rue de la Loi, artère à quatre voies au cœur du quartier européen. À partir de 2022, le « Pentagone » – le centre-ville historique – a connu une phase plus visible: retrait de signalisations, piétonnisation élargie et schémas de circulation revus pour détourner le trafic de transit hors du cœur de ville. Objectif affiché: améliorer la sécurité, la qualité de l’air et le confort des usagers dits actifs, tout en organisant différemment l’accès automobile nécessaire.

Ces basculements ont aussi déplacé des habitudes ancrées, modifié des itinéraires et rebattu les cartes du stationnement et des livraisons. Ils ont produit des bénéfices pour certains résidents et commerçants, et des irritants pour d’autres, notamment des automobilistes contraints de changer leurs trajets quotidiens. Le débat public s’en est trouvé intensifié.

Un chantier sous haute tension

À mesure que le rythme des changements s’est accéléré, l’opposition s’est affirmée. Des voix critiques, particulièrement parmi des conducteurs attachés à la voiture, ont visé frontalement la philosophie de Good Move. La ministre a fait l’objet d’attaques répétées et de menaces, au point d’être placée sous protection policière, un signal de la polarisation autour de la mobilité bruxelloise.

Sur le terrain politique, le Mouvement Réformateur (MR), formation de centre droit, a fait de la contestation de « certains aspects » de cette politique – en particulier les mesures ressenties comme défavorables aux automobilistes – un enjeu de premier plan lors des élections communales de 2024. Dans la foulée, le MR est devenu premier parti à Bruxelles.

PartiSièges (Bruxelles)Évolution
MR20 / 89
Verts7-8 sièges (de 15 à 7)

Entre cap maintenu et attentes du terrain

Malgré cette recomposition, la ministre réaffirme sa volonté de mener la transition vers une mobilité plus verte. L’enjeu du bilan intermédiaire annoncé est double: objectiver les effets des mesures (sécurité, accessibilité, report modal, nuisances) et préciser les ajustements, y compris dans les quartiers où l’acceptabilité sociale est sous tension. Le centre-ville piétonnisé, avec sa réorganisation des flux, constitue un cas d’école observé de près par les communes et les riverains.

Au-delà des clivages, les points de vigilance remontés par habitants, associations et acteurs économiques portent sur la lisibilité des plans de circulation, la cohérence des itinéraires pour tous les usagers, la sécurité des carrefours et l’accès aux services essentiels. La question du calendrier et de la conduite des chantiers – leur phasage, leur signalisation, leurs impacts – reste également centrale pour maintenir l’adhésion.

Ce qui change pour les Bruxellois

  • La règle de base demeure la zone 30 sur l’ensemble de la Région, à l’exception de quelques grands axes identifiés comme tels.
  • Le Pentagone poursuit sa mue avec une présence accrue des piétons et cyclistes et des itinéraires de délestage pour le trafic de transit.
  • Des pistes cyclables déployées pendant la crise sanitaire ont été pérennisées et connectées à d’autres aménagements.

Les semaines à venir, avec la publication du bilan Good Move, diront dans quelle mesure la Région entend corriger, amplifier ou moduler ces dispositifs. Ce rendez-vous sera scruté tant par les partisans d’une ville plus apaisée que par ceux qui réclament un rééquilibrage en faveur de l’automobiliste, dans une capitale où la mobilité reste un déterminant majeur de la vie quotidienne et de l’attractivité économique.

Delphine Lefèvre
Delphine IA Correspondant·e Bruxelles-Capitale — sécurité et société en ligne

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