Des salaires bloqués et une colère qui monte
À Mont-Saint-Guibert, devant le siège de l’entreprise Megataf Titres-services, la tension est palpable. Selon les témoignages recueillis, près d’une trentaine d’ouvrières et d’ouvriers — en majorité des femmes — disent ne plus avoir touché leur rémunération depuis trois mois. Plusieurs d’entre eux poursuivent malgré tout leurs prestations, de Nivelles à Wavre et jusqu’à Charleroi, dans l’espoir de récupérer les montants dus.
Les personnes rencontrées décrivent une situation qui s’enlise: tentatives de contact avec la direction restées sans réponse claire, inquiétudes financières immédiates et incertitudes quant aux délais de paiement. Les organisations syndicales ont été sollicitées pour clarifier la procédure et les recours possibles.
Une chronologie qui interroge
Au centre du dossier, une réorganisation juridique en deux temps. D’abord, fin mai 2025, le transfert des contrats de travail de Megataf SRL vers une nouvelle entité, Megataf Titres-services, portée par le même dirigeant. Ensuite, la faillite de Megataf SRL en février 2026. Les comptes 2024 de la SRL faisaient déjà apparaître un endettement de plus d’un million d’euros, dont une part substantielle envers l’ONSS. Il ressort notamment de cet exercice comptable une composante de 460 000 € liée à des rémunérations et charges sociales. Les derniers comptes déposés pour les deux sociétés ne sont, eux, pas publiés.
« Nous étions tous employés par Megataf SRL. Fin mai 2025, l’ensemble des contrats de travail a été transféré vers une nouvelle société, Megataf Titres-Services, créée par le même dirigeant. En février 2026, Megataf SRL est déclarée en faillite. »
Ce récit, livré par une ancienne manageuse qui affirme elle aussi ne pas avoir perçu son salaire ni son pécule de vacances, rejoint les constats transmis par plusieurs collègues. Le cœur du problème, pour eux, tient au manque de liquidités face aux dettes sociales prioritaires et aux retards de versement des rémunérations.
ONSS prioritaire: quels effets pour les travailleurs?
Le mécanisme de recouvrement joue un rôle central: l’ONSS figure parmi les créanciers prioritaires lorsqu’une entreprise est en défaut. Selon un employé, ce cadre légal pourrait retarder le paiement des arriérés de salaires, tout en dépendant des décisions de l’huissier et de l’état des fonds disponibles.
« Comme l’Office national de la sécurité sociale (ONSS) est prioritaire pour le recouvrement des créances, et qu’il semble qu’il n’y ait pas assez d’argent pour payer à la fois les dettes et nos salaires, cela pourrait prendre du temps, jusqu’à un an, m’a-t-on dit. Évidemment, nous espérons que ce ne sera pas le cas, mais nous n’y pouvons rien et cela dépend de la décision de l’huissier. »
Ces délais, s’ils se confirmaient, pèseraient lourd dans le quotidien des travailleuses et travailleurs titres-services, souvent engagés à temps partiel et dépendant d’un revenu régulier. Du côté des ménages utilisateurs, l’incertitude se traduit déjà par des prestations annulées ou reportées.
Ce que l’on sait, ce qui reste à éclaircir
- Nombre de personnes concernées: environ 30 salariés en Brabant wallon, selon les témoignages recueillis.
- Délais de paiement: arriérés de trois mois signalés; horizon de régularisation inconnu, potentiellement long en raison des priorités de recouvrement.
- Transparence financière: dettes sociales importantes constatées dans les comptes 2024 de la SRL; absence de publication des derniers comptes pour les deux entités citées.
À ce stade, les personnes concernées disent ne pas obtenir de réponses précises de la direction. Les syndicats ont été approchés pour accompagner les démarches et examiner les options juridiques. Les autorités compétentes et les organes de contrôle seront attendus sur la vérification des obligations légales de l’employeur, notamment en matière de paiement des salaires et de cotisations sociales.
Un maillon essentiel du quotidien local
Le système des titres-services occupe une place particulière dans la vie des communes du Brabant wallon: il permet à de nombreux ménages d’accéder à des prestations d’aide-ménagère en passant par des entreprises agréées, lesquelles emploient les travailleurs. Quand l’une de ces sociétés rencontre des difficultés, ce sont à la fois les salariés et les usagers qui en subissent les conséquences: retards de paiement, pertes de revenus, interruption des prestations et désorganisation des foyers.
Dans l’immédiat, les personnes interrogées disent attendre des éclaircissements sur le calendrier de paiement et les suites de la faillite de l’ancienne entité. Reste à savoir comment seront articulés le recouvrement des créances, la protection des droits salariaux et la continuité des services pour les ménages de Mont-Saint-Guibert, Nivelles et Wavre.
Repères chiffrés
| Élément | Indication |
|---|---|
| Salariés concernés | Environ 30 |
| Arriérés de salaire | 3 mois (selon les témoignages) |
| Dette totale (ex. 2024 SRL) | Plus de 1 million € |
| Rémunérations/charges (ex. 2024) | 460 000 € |
| État de Megataf SRL | Faillite (février 2026) |
Nous avons pris connaissance des éléments communiqués sur place par des salariés et d’anciens cadres. Les prochains jours seront déterminants pour clarifier la situation comptable et les voies de régularisation des salaires impayés.