Cuba traverse une crise énergétique sans précédent, aggravée par l’embargo pétrolier américain. Les pénuries de carburant et les coupures d’électricité s’étirant jusqu’à 70 heures affectent à la fois les foyers et les entreprises. Dans ce contexte, le prix du diesel a franchi les 3 dollars le litre — soit environ la moitié d’un salaire mensuel moyen dans le secteur public —, rendant l’usage des tracteurs économiquement intenable et forçant un retour à des méthodes agricoles rudimentaires.
Une économie sous tension: foyers, entreprises et services essentiels
La Havane a connu le 14 juillet sa troisième panne générale en dix jours, affectant une grande partie des 9,6 millions d’habitants du pays. Les entreprises, les commerces et les ménages sont confrontés à des interruptions prolongées de courant, perturbant la production, la chaîne du froid et l’activité tertiaire. Dans un tel environnement, les coûts d’exploitation explosent tandis que la disponibilité des produits baisse, avec des effets en cascade sur les prix et l’approvisionnement.
Agriculture: les bœufs remplacent les moteurs
Dans la ferme biologique « Finca Burgambilia », à l’ouest de la capitale, l’agriculteur Alexander Quesada (52 ans) a dû délaisser son tracteur — obtenu pour avoir fait de son exploitation un modèle — et réemployer des bœufs pour le labour. Cette scène, loin d’être isolée, résume le choc de coûts: à plus de 3 $ le litre, le diesel immobilise le parc mécanique, ralentit les semis et les récoltes et réduit l’offre de produits frais. Les légumes-racines, moins chers à produire, remplacent des denrées plus coûteuses comme la roquette, auparavant prisée par la restauration.
Les « années Obama » paraissent désormais lointaines pour ces producteurs confrontés au renchérissement du carburant et à la raréfaction de l’énergie.
Conséquences pour les ménages et les entreprises
- Ménages: coupures pouvant durer jusqu’à 70 heures, difficultés d’accès au froid domestique et aux services de base, contraintes sur le budget alimentaire avec une offre réorientée vers des produits de substitution.
- Entreprises: activités ralenties par les blackouts, hausse des coûts liée au diesel, équipements à l’arrêt (tracteurs, machines), et réorganisation des filières locales.
- Agroalimentaire et restauration: basculement vers des produits moins onéreux (manioc et autres racines) au détriment des légumes-feuilles plus exigeants en intrants et en chaîne du froid.
- Tourisme: secteur fragilisé par l’intermittence de l’électricité et les tensions logistiques, élément clé pour une économie insulaire.
Un choc de coûts et de volumes
Dans l’agriculture, l’arrêt de la mécanisation se traduit par des cadences plus lentes, des surfaces travaillées en baisse et une productivité dégradée. Les producteurs se replient sur des cultures moins intensives en carburant et en intrants. Pour la restauration et le commerce, les ruptures de courant répétés accroissent les pertes (réfrigération), dissuadent la clientèle et érosent les marges. La consommation des ménages s’adapte: priorité aux denrées de base, arbitrages défavorables aux produits frais exigeants en logistique.
Indicateurs-clés de la crise énergétique
| Indicateur | Valeur |
|---|---|
| Population affectée | 9,6 millions d’habitants |
| Coupures d’électricité | Jusqu’à 70 heures d’affilée |
| Pannes nationales récentes | 3 en 10 jours (au 14 juillet) |
| Prix du diesel | > 3 $ le litre |
| Référence salariale | Environ la moitié du salaire mensuel moyen public |
Des chaînes de valeur sous contrainte
Le renchérissement du carburant pèse sur l’ensemble de la chaîne: champs (labour, récolte), transport (du producteur au marché), distribution (réfrigération, horaires), et consommation finale. À court terme, l’ajustement se fait par des substitutions de produits et une baisse des volumes disponibles. À moyen terme, si la pression énergétique perdure, l’investissement (matériel, intrants) risque d’être différé, limitant les capacités de reprise.
Un quotidien reconfiguré
Dans les ruelles de Bauta, les charrettes à bœufs ont remplacé le ronronnement des moteurs. Ce retour à la traction animale, symptôme d’une économie sous contrainte, révèle une recomposition profonde des usages: priorisation des besoins essentiels, simplification des menus, ralentissement des flux logistiques. Pour les familles et les entrepreneurs, l’équation est simple mais rude: moins d’énergie, plus de temps et de coûts pour parvenir au même résultat — et souvent moins.