Des biologistes de l’Institut Weizmann annoncent des progrès dans la modification génétique de bactéries afin qu’elles exploitent le dioxyde de carbone atmosphérique comme principal substrat de croissance. L’objectif affiché est de développer à terme des produits nutritifs d’origine microbienne destinés aux humains et aux animaux.
Une stratégie pour contourner l’agriculture traditionnelle
Le laboratoire du professeur Ron Milo avait déjà démontré la possibilité de faire croître un micro-organisme en tirant son carbone du CO₂ plutôt que de sucres ou d’autres glucides. Lors de la récente présentation au congrès annuel de la Société israélienne d’écologie et de sciences environnementales (ISEES) à Jérusalem, des chercheurs ont décrit la suite de ces travaux : des bactéries Escherichia coli ont été modifiées pour développer des structures cellulaires spécialisées, capables d’absorber des quantités accrues de CO₂ et d’accélérer leur croissance.
Une longue route avant l’assiette
Les auteurs insistent sur la distance qui sépare ce stade expérimental d’un produit alimentaire commercialisable. Un membre de l’équipe, Klil Halevi, étudiant en master, a présenté l’orientation du projet et mis en perspective la finalité visée. Selon lui, les microbes pourraient, à terme, remplir un rôle analogue à celui des plantes en convertissant l’eau, le CO₂ et une source d’énergie en matière organique utilisable.
« Notre objectif ambitieux pour ces microbes est qu’ils mènent à bien un processus similaire à celui des plantes », a expliqué Klil Halevi.
Enjeux et questions ouvertes
Plusieurs défis restent à résoudre avant d’envisager une application pratique :
- optimisation de la production de biomasse microbienne utile et sûre pour la consommation ;
- évaluation des besoins énergétiques et des intrants (eau, lumière ou autres sources d’énergie) ;
- sécurité sanitaire et acceptation sociale d’aliments d’origine microbienne.
| Élément | Rôle visé |
|---|---|
| CO₂ atmosphérique | source de carbone |
| E. coli modifiée | production de biomasse via structures spécialisées |
| Objectif long terme | source alimentaire pour humains et animaux |
Les chercheurs eux-mêmes qualifient l’entreprise d’ambitieuse et estiment qu’il faudra des années de travail avant qu’un repas « entièrement produit par des microbes » soit envisageable. Entre validation scientifique, contraintes réglementaires et acceptation du public, le parcours reste semé d’obstacles, mais la voie ouverte modifie toutefois le champ des possibilités pour des systèmes alimentaires moins dépendants des surfaces cultivées.