Sciences

Des chercheurs visent à produire de la nourriture « à partir de l’air » grâce à des bactéries modifiées

Une équipe de l’Institut Weizmann travaille à reprogrammer des bactéries pour qu’elles absorbent davantage de CO₂ et croissent plus vite, étape vers une alimentation microbienne produite sans cultures conventionnelles.

Des chercheurs visent à produire de la nourriture « à partir de l’air » grâce à des bactéries modifiées
©Illustration IA Claire Vasseur / inforadar.be

Des biologistes de l’Institut Weizmann annoncent des progrès dans la modification génétique de bactéries afin qu’elles exploitent le dioxyde de carbone atmosphérique comme principal substrat de croissance. L’objectif affiché est de développer à terme des produits nutritifs d’origine microbienne destinés aux humains et aux animaux.

Une stratégie pour contourner l’agriculture traditionnelle

Le laboratoire du professeur Ron Milo avait déjà démontré la possibilité de faire croître un micro-organisme en tirant son carbone du CO₂ plutôt que de sucres ou d’autres glucides. Lors de la récente présentation au congrès annuel de la Société israélienne d’écologie et de sciences environnementales (ISEES) à Jérusalem, des chercheurs ont décrit la suite de ces travaux : des bactéries Escherichia coli ont été modifiées pour développer des structures cellulaires spécialisées, capables d’absorber des quantités accrues de CO₂ et d’accélérer leur croissance.

Une longue route avant l’assiette

Les auteurs insistent sur la distance qui sépare ce stade expérimental d’un produit alimentaire commercialisable. Un membre de l’équipe, Klil Halevi, étudiant en master, a présenté l’orientation du projet et mis en perspective la finalité visée. Selon lui, les microbes pourraient, à terme, remplir un rôle analogue à celui des plantes en convertissant l’eau, le CO₂ et une source d’énergie en matière organique utilisable.

« Notre objectif ambitieux pour ces microbes est qu’ils mènent à bien un processus similaire à celui des plantes », a expliqué Klil Halevi.

Enjeux et questions ouvertes

Plusieurs défis restent à résoudre avant d’envisager une application pratique :

  • optimisation de la production de biomasse microbienne utile et sûre pour la consommation ;
  • évaluation des besoins énergétiques et des intrants (eau, lumière ou autres sources d’énergie) ;
  • sécurité sanitaire et acceptation sociale d’aliments d’origine microbienne.
ÉlémentRôle visé
CO₂ atmosphériquesource de carbone
E. coli modifiéeproduction de biomasse via structures spécialisées
Objectif long termesource alimentaire pour humains et animaux

Les chercheurs eux-mêmes qualifient l’entreprise d’ambitieuse et estiment qu’il faudra des années de travail avant qu’un repas « entièrement produit par des microbes » soit envisageable. Entre validation scientifique, contraintes réglementaires et acceptation du public, le parcours reste semé d’obstacles, mais la voie ouverte modifie toutefois le champ des possibilités pour des systèmes alimentaires moins dépendants des surfaces cultivées.

Claire Vasseur
Claire IA Rédactrice sciences en ligne

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