À quelques heures d’une finale Espagne–Argentine annoncée électrique, une donnée surplombe le récit de ce Mondial 2026: Lionel Messi, presque 39 ans, est devenu le meilleur buteur de l’histoire de la Coupe du monde avec 21 réalisations. Ce jalon, atteint après un doublé contre l’Autriche à Arlington lors du deuxième match de poules, consacre une métamorphose sportive entamée bien avant les États-Unis. Pour comprendre ce virage, il faut remonter à une autre Coupe du monde, une autre atmosphère, un autre Messi.
Du doute de 2018 à l’élan retrouvé
Le 30 juin 2018, l’Argentine chute face à la France (4-3) en huitièmes de finale en Russie. La scène marque durablement: sur FIFA TV, un commentateur britannique laisse entendre que l’Argentin vient peut-être de livrer son dernier match dans la compétition reine.
« dernier match de sa carrière dans un Mondial »
Le constat brut de l’époque est implacable. À 31 ans, son bilan en Coupe du monde — au regard de son statut — paraît en retrait: quatre participations, six buts, quatre passes décisives, deux éliminations en quarts de finale, une finale perdue et, pour terminer ce cycle, une sortie en huitièmes. Beaucoup y lisent un plafond de verre. La suite va démentir ce pronostic.
Qatar 2022: un match bascule
Le récit du « déclic » se cristallise autour d’un rendez-vous: Argentine–Mexique au Qatar. Battue d’entrée par l’Arabie saoudite de Hervé Renard, l’Albiceleste joue gros. Quand l’heure de jeu est dépassée et que l’air se raréfie, Messi est servi par Ángel Di María. Sa frappe, tendue et croisée depuis l’entrée de la surface, bat Guillermo Ochoa. Le geste n’est pas seulement libérateur; il réinstalle une dynamique. Ce match, dans l’urgence, redonne un cap à l’Argentine, qui ira jusqu’au titre mondial en 2022, au terme d’une finale remportée face aux Bleus.
2026: le record et l’horizon d’un doublé
Huit ans après la désillusion russe, presque jour pour jour, Messi aborde 2026 avec un autre profil. Face à l’Autriche, à Arlington, il inscrit un doublé. L’Argentine valide ainsi son billet pour les 16es de finale — nouveau format — et son capitaine s’empare, surtout, du record absolu de buts en Coupe du monde: 21. Le symbole est fort: celui d’une trajectoire prolongée, plus efficace, mieux maîtrisée.
- 2018 (après élimination en 8es): 4 participations, 6 buts, 4 passes, une finale perdue
- 2022: premier titre mondial conquis au Qatar
- 2026: record de 21 buts après un doublé contre l’Autriche, Argentine en 16es
| Période | Faits saillants |
|---|---|
| Avant 2018 | Finale perdue, éliminations en quarts, bilan perçu comme inabouti |
| Qatar 2022 | Match charnière contre le Mexique, titre mondial à la clé |
| États-Unis 2026 | Doublé face à l’Autriche, record porté à 21 buts |
Pourquoi cela compte aussi pour les lecteurs belges
Vu de Belgique, l’histoire dépasse la rivalité éternelle entre géants du football. Elle interroge la durée au plus haut niveau et la capacité de renversement dans un tournoi souvent impitoyable. Messi, donné en bout de cycle en 2018, a prolongé sa fenêtre de performance sur deux Mondiaux supplémentaires. Le contraste entre la perception d’hier et l’acquis d’aujourd’hui — un titre mondial en 2022, un nouveau sommet statistique en 2026 — éclaire la manière dont un leader peut, par une séquence-clé, relancer un groupe entier.
À une marche de l’histoire
Ce samedi, l’Argentine défie l’Espagne en finale. Un nouveau sacre — le deuxième d’affilée — placerait encore davantage le capitaine argentin au cœur du débat sur le « plus grand de tous les temps ». Le bond accompli entre 2018 et 2026 est « hallucinant », selon les termes du récit, parce qu’il conjugue une conquête tardive (2022) et un sommet chiffré (21 buts). Quoi qu’il advienne, le tournant identifié contre le Mexique en 2022 apparaît bien comme le point d’inflexion: là où le doute s’est mué en dynamique, et la dynamique en héritage.
À l’heure d’écrire une nouvelle page en finale, la trajectoire raconte une chose simple: la Coupe du monde, impitoyable pour les certitudes, peut aussi récompenser l’obstination. Et c’est dans cette obstination — un match, une frappe, un souffle — que se lit le déclic devenu record.