Une analyse pan‑européenne publiée cette semaine dans Nature indique que les concentrations de poussières d'origine saharienne et Nord‑africaine transportées jusque sur le continent européen ont sensiblement augmenté au cours des dernières décennies. Les chercheurs rapportent un doublement des teneurs observées depuis les années 1970.
Des poussières parcourant des milliers de kilomètres
Ces aérosols minéraux, produits par l'érosion des sols dans les zones arides du Maroc et de l'Algérie, sont soulevés par des tempêtes de sable puis injectés en altitude. Les particules les plus fines — celles dont le diamètre est inférieur à 10 µm (PM10) et parfois à 2,5 µm (PM2,5) — restent en suspension et peuvent être transportées sur des distances de milliers de kilomètres, atteignant tant le sud de l'Europe que des régions plus septentrionales, y compris la Suisse, la France et parfois le Royaume‑Uni.
Impacts mesurés et observables
Les auteurs de l'étude relèvent des signes concrets de ces intrusions : dépôts visibles sur les pistes de ski, voile ocre dans le ciel et particules déposées sur les carrosseries. Dans le sud du continent, ces apports minéraux représentent, ces dernières années, environ 30 % de la pollution liée aux particules fines.
- Origine : zones arides du Maghreb (Maroc, Algérie).
- Mécanisme : soulèvement par tempêtes, transport en altitude puis retombée.
- Effets : augmentation mesurable des PM10/PM2,5 et dépôts visibles localement.
Conséquences pour la qualité de l'air et la santé
Les particules minérales naturelles s'ajoutent aux autres sources d'aérosols d'origine anthropique, modifiant la composition des pics de pollution et compliquant l'évaluation des risques sanitaires et climatiques. Les particules de petite taille (PM2,5) sont particulièrement préoccupantes pour la santé respiratoire et cardiovasculaire car elles pénètrent profondément dans les voies respiratoires.
| Indicateur | Valeur rapportée |
|---|---|
| Évolution depuis 1970 | +100 % (doublement) |
| Contribution au sud de l'Europe | ~30 % des particules fines |
La diffusion transfrontalière de ces poussières montre que la désertification et les variations d'usage des terres en dehors de l'Europe peuvent avoir des retombées directes sur la qualité de l'air européenne. Les résultats incitent à intégrer ces flux minéraux dans les modèles de qualité de l'air et dans les bilans d'exposition des populations.
Si l'étude met en évidence une tendance claire, elle rappelle aussi la complexité des interactions entre sources naturelles et anthropiques d'aérosols, et la nécessité d'affiner la surveillance pour mieux distinguer leurs contributions respectives.