Le financement public et académique ne suffit plus pour faire migrer certaines innovations en ophtalmologie du laboratoire jusqu’au patient, affirme le directeur de l’Institut de la vision dans un entretien publié par Le Monde. À l’appui de son constat, il oppose la modestie des subventions académiques aux investissements privés colossaux dans des technologies d’interaction cerveau-machine.
Des sommes contrastées, des ambitions communes
Le directeur rappelle que des financements privés massifs ont été alloués récemment à des start-up travaillant sur des interfaces cérébrales. Il cite un investissement de 252 millions de dollars consenti par Sam Altman dans une entreprise exploitant les ultrasons pour interagir avec le cerveau. À côté, l’équipe française a obtenu une bourse de l’European Research Council de 8 millions d’euros en 2024 — montant qui sera partagé entre trois laboratoires : l’Institut de la vision, l’unité d’ultrasons de Mickaël Tanter (Inserm, Paris) et le groupe d’ingénierie des protéines d’Anna Moroni (université de Milan).
| Source | Montant | Remarques |
|---|---|---|
| Investisseur privé (Sam Altman) | 252 M$ | Start-up d’interaction par ultrasons |
| European Research Council (2024) | 8 M€ | Montant à partager entre trois laboratoires |
Appel à des garde-fous
Outre la question des moyens, le responsable de l’Institut de la vision met en garde contre les dérives possibles si des technologies sensibles « tombent dans des mains malveillantes ». Il demande la mise en place de mécanismes de contrôle et de réflexion éthique pour encadrer le développement et le transfert de ces techniques.
« Nous ne jouons clairement pas financièrement dans la même cour. »
Conséquences pour la recherche translationnelle
Ce décalage financier a des implications concrètes pour la capacité des équipes académiques à porter des projets jusqu’aux essais cliniques et à la commercialisation. Les bourses compétitives européennes permettent de soutenir des recherches exploratoires, mais, selon le directeur interrogé, elles restent insuffisantes pour couvrir l’ensemble des étapes nécessaires à l’accès des patients aux innovations.
- Financement : besoin de passer du financement de découverte à des ressources pour la maturation technologique.
- Éthique : nécessité d’un encadrement renforcé pour prévenir les usages détournés.
- Partenariats : rôle des collaborations publiques-privées, à condition d’établir des garde-fous.
Le propos de ce responsable français résonne au-delà des frontières : il pose la question du modèle de soutien à l’innovation biomédicale en Europe et de la manière dont les institutions publiques peuvent préserver l’intégrité scientifique et la sécurité des technologies tout en accélérant leur transfert vers les patients. La combinaison d’investissements privés importants et de financements publics ciblés apparaît comme un défi central pour les prochaines années.
Rédaction Sciences — InfoRadar