Quatre musiciens issus des sessions hebdomadaires du pub Gallagher's, à Moncton, vont représenter l'Acadie au festival des Cultures du Monde de Gannat, en France. Née d'une pratique conviviale et répétée chaque dimanche, cette constellation d'interprètes — qui n'a jamais pris la forme d'un projet officiel — s'apprête à franchir l'Atlantique pour partager des pièces issues des traditions acadiennes et irlandaises.
La musique comme mémoire collective
Ces rencontres dominicales, décrites par les participants comme une « messe » de musique traditionnelle, rassemblent des musiciens de la région qui puisent dans des archives et des répertoires familiaux. Plusieurs morceaux à jouer à Gannat racontent l'histoire de l'Acadie ; l'un d'eux provient des Îles-de-la-Madeleine et a été retrouvé par l'un des membres du groupe lors de recherches patrimoniales.
« Nous n’avons même pas de nom, mais pour l'occasion, on a décidé de s’appeler Les racines salées. La musique traditionnelle, ça part de nos racines et on vient tous du bord de la mer. »
Les mots de Lucie Savoie, violoniste, résument la démarche : préserver et transmettre une mémoire collective qui s'exprime par des airs appris de parents et grands‑parents. Pour Mario Lebreton, membre fondateur, la quête de chansons traditionnelles est une pratique active de conservation : il effectue des recherches pour déterrer et faire revivre ces pièces.
Des rencontres informelles à la scène internationale
Le festival de Gannat fonctionne selon une logique d'échanges où musiciens et danseurs du monde entier sont jumelés pour créer des collaborations et dialoguer autour de leurs traditions. Pour ces « jammeux » de Moncton, la participation marque une transition : d'une pratique locale, conviviale et non institutionnalisée, à une visibilité internationale.
- Origine : Moncton (Nouvelle-Écosse/Acadie) et régions avoisinantes
- Répertoire : airs acadiens et influences irlandaises
- Objectif : partager et transmettre la mémoire musicale de l'Acadie
Le cas illustre la manière dont la transmission informelle peut aboutir à des missions de représentation culturelle sur la scène mondiale, sans structures formelles ni label. Philippe Leblanc, qui vient chaque dimanche de l’Île‑du‑Prince‑Édouard pour jouer de la flûte traversière, regrette que la musique traditionnelle ait parfois été négligée en Acadie — et voit dans ce départ pour Gannat l'occasion de la remettre au centre du récit collectif.
| Nom | Instrument | Provenance |
|---|---|---|
| Lucie Savoie | Violons | Moncton |
| Mario Lebreton | Guitare / recherche | Moncton |
| Philippe Leblanc | Flûte traversière | Île‑du‑Prince‑Édouard |
| Délégation totale : 4 musiciens (nom du 4e non précisé) | ||
Au-delà de la presta musicale, cette participation pose des questions de transmission culturelle : quelles formes prend la sauvegarde des répertoires populaires ? Comment les pratiques informelles s’articulent-elles aux circuits de festivals et d’échanges internationaux ? Pour ces musiciens acadiens, le voyage à Gannat est à la fois une reconnaissance et une responsabilité : porter une mémoire vivante sur une scène qui valorise le dialogue entre traditions.
La trajectoire des « jammeux » de Gallagher's rappelle que la vitalité d'un patrimoine repose souvent sur des pratiques quotidiennes et généreuses, et que la reconnaissance internationale peut naître d'une simple habitude dominicale, partagée autour d'une table ou d'un comptoir.