Boulevard Pérusse marque une rencontre heureuse entre l’univers comique de François Pérusse et les planches : un spectacle déjanté, décalé et résolument absurde qui a pour ambition première de faire rire — et y parvient largement.
Un passage naturel du micro aux planches
Il est presque surprenant d’apprendre que Pérusse n’avait pas encore porté sa plume si singulière au théâtre. Sur papier, l’intrigue propose le portrait d’une famille québécoise à la tête d’une multinationale prônant des pratiques soi‑disant écologiques, tandis qu’une de ses usines à l’étranger exploite des salariés. Mais, comme souvent lorsque l’auteur met le gag avant le canevas, le récit n’est qu’un prétexte : la scène devient un terrain de jeu pour une succession de saynètes et de gags visuels et sonores.
Un florilège de clins d’œil et de figures familières
Les spectateurs familiers de son répertoire retrouvent des personnages emblématiques — notamment Croteau — et des références à des segments populaires (on mentionne entre autres la radio communautaire, un retour bref à "Sexe conseils" et la référence au fameux "bicycle jaune" de Guy). Les néophytes, pour leur part, ne sont pas laissés pour compte : la mécanique comique fonctionne même sans la connaissance pointue des archives de l’humoriste.
Rythme effréné et défis d’interprétation
Le spectacle carbure à un débit soutenu, caractéristique des albums de Pérusse. Ce tempo impose un défi de taille aux interprètes : plusieurs répliques, voire quelques mots, s’évanouissent parfois dans la vitesse d’exécution. Qu’il s’agisse de projection, d’articulation ou d’acoustique, ces rares accrocs n’entament toutefois pas l’atmosphère générale, et les éclats de rire du public restent constants.
- Forces : rythme, fidélité aux personnages cultes, distribution énergique.
- Limites : parfois une intelligibilité réduite à cause du débit.
- Public visé : tant les admirateurs de longue date que les nouveaux venus.
Une distribution qui embrasse l’univers
La troupe qui porte Boulevard Pérusse semble prendre un réel plaisir à investir cet univers foisonnant. L’ensemble des comédiens adopte avec gourmandise les codes de l’humour rapide et multi‑référencé qui a fait la réputation de l’auteur. Ces engagements se traduisent par des moments où l’on rit sans retenue, même si la compréhension ponctuelle des dialogues peut pâtir du tourbillon comique.
| Élément | Observation |
|---|---|
| Ton | Absurdie, satirique, bon enfant |
| Rythme | Très soutenu — signature de l’auteur |
| Accessibilité | Adapté aux initiés comme aux nouveaux arrivants |
Au final, Boulevard Pérusse confirme que l’univers radiophonique de l’auteur se prête bien au spectacle vivant : il s’agit d’un divertissement généreux, parfois brouillon dans son exécution, mais constamment porté par une inventivité comique et une distribution qui ne ménage ni ses efforts ni son enthousiasme.