Un monument chromatique réapparait
La Fondation Guido Molinari, installée à Hochelaga-Maisonneuve, propose cet été la mise en lumière d’une œuvre singulière et peu montrée : Vent bleu, polyptyque peint par Molinari vers la fin de sa vie. Présentée rarement — sa dernière sortie remontait à plus de vingt ans —, cette pièce impose sa présence par ses dimensions et par l’exigence du silence qu’elle incite chez le spectateur.
De la peinture à l’installation
À la croisée de la peinture et de l’installation, Vent bleu diffère des toiles murales traditionnelles : l’ensemble est posé au sol et se déploie en panneaux juxtaposés. Chaque panneau comprend trois plans, séparés par une fine verticalité, motif récurrent chez l’artiste. Dans la logique des « quantificateurs » — séries explorant, depuis les années 1970, les variations d’une même teinte — cette œuvre multiplie l’exercice en le portant à une forme quasi monumentale, répétée cinq (ou sept selon la version historique) fois.
Une douceur enveloppante
Aux antipodes d’un affrontement visuel, le polyptyque privilégie une relation apaisée : les champs colorés jouent une fonction protectrice, comme une vaste cape qui enveloppe le regardeur. On retrouve là une parenté d’intention avec le Color Field painting, courant où la couleur devient espace et atmosphère plus que simple surface décorative.
Contexte muséographique et mémoire
L’œuvre appartient aujourd’hui à la collection du Musée national des beaux-arts du Québec. Sa remise en exposition à la Fondation Molinari s’inscrit dans une histoire de reprises thématiques et de relectures : au début des années 2000, plusieurs institutions canadiennes avaient déjà exploré le bleu sous divers angles — un passage remarqué en 2004, puis une intervention plus ciblée du Musée d’art contemporain de Montréal en 2010, lorsque Marie-Ève Beaupré, aujourd’hui directrice de la Fondation, avait puisé dans les réserves du musée des pièces sur ce thème.
- Oeuvre : Vent bleu (vers 1995), polyptyque
- Lieu de présentation : Fondation Guido Molinari, Hochelaga-Maisonneuve
- Collection : Musée national des beaux-arts du Québec
Deux approches du bleu cet été
Le programme d’exposition de la saison met en perspective deux lectures distinctes du bleu : d’un côté, la proposition monographique et monumentale autour d’un chef-d’œuvre ; de l’autre, une approche plus panoramique qui multiplie les points de vue sur la teinte. Cette dialectique entre « gros morceau » et regard d’ensemble éclaire la richesse du thème et rappelle combien une couleur peut servir de repère historique et critique dans les arts visuels.
| Exposition | Lieu | Remarque |
|---|---|---|
| Vent bleu | Fondation Guido Molinari, Hochelaga-Maisonneuve | Polyptyque rare, posé au sol, appartient au MNBAQ |
| Voir bleu | Maison de la culture Marcel-Robidas, Longueuil | Regard panoramique sur le thème du bleu |
La redécouverte de cette pièce invite à repenser la portée symbolique et matérielle du bleu dans l’abstraction québécoise. En montrant à la fois l’ampleur d’une œuvre archi-réfléchie et la diversité des possibles chromatiques, les programmateurs offrent au public une double invitation : se laisser absorber par la contemplation, puis renouer avec une histoire plus large des pratiques picturales.