Chaque printemps, les planches de Cayeux-sur-Mer, en Hauts-de-France, se parent d’un ruban de cabines multicolores qui semble filer à l’infini. Pas de superflu ici, mais l’essentiel: l’horizon, le vent, la lumière. L’actrice, réalisatrice et écrivaine Anne Brochet y retourne, elle qui a grandi au rythme de ces boîtes à mer et qui, aujourd’hui, en tire une réflexion poétique et très concrète sur un art de vivre réduit à l’os — et pourtant riche de sens.
Une « cabine à soi »: liberté en format poche
Dans ce décor de galets, la comédienne revendique une « cabine à elle », clin d’œil assumé au texte de Virginia Woolf. Elle décroche in extremis la dernière disponible, peinte d’un jaune orangé piqué de turquoise. Baptisée d’abord « A et H » pour ses initiales et celles de son compagnon Harbeer, la maisonnette prendra finalement un nom qui claque comme un manifeste: « Seule ». Minimaliste jusqu’au bout — ces abris n’ont pas d’électricité —, la vie y déroule une temporalité ralentie: on lit, on contemple, on écoute la mer. Un luxe discret, accessible et profondément réconfortant.
Un alignement de 500 refuges et autant d’histoires
Le long de la plage de galets, près de 500 petites constructions rythment la promenade. Louées via la municipalité, elles portent souvent des noms de villes: Lens, Sanary-sur-Mer, Vannes… comme autant d’escales rêvées. Ces dénominations donnent lieu à des échanges savoureux: Danièle raconte ainsi son séjour à « Perros-Guirec » — la cabine, pas la commune bretonne. Et parce que la côte vit au gré des rencontres, le cirque Zavatta qui s’installe à proximité ouvre un autre chapitre: celui des gens de passage qui jonglent avec les routes et le chapiteau, pendant qu’Anne Brochet, elle, interroge sa propre façon d’« choisir où [elle a] envie de rester ».
« Ne vaut-il d’ailleurs pas mieux rêver sa vie plutôt que de la vivre ? »
La rêverie comme boussole estivale
Au fil des rencontres, l’été prend des allures de laboratoire de simplicité joyeuse. Wilfried, estivant philosophe, a choisi d’appeler sa cabine « Or du temps ». Le ton est donné: ici, l’épure invite à la projection. S’asseoir sur le seuil, regarder les goélands et se laisser porter. Loin du vacarme des objets et des agendas, ces cabines cultivent une légèreté concrète qui conjugue économie de moyens et densité d’émotions. À Cayeux, l’imaginaire n’est pas un ailleurs: c’est une destination à portée de main.
Une tradition réinventée, entre mémoire et présent
Pour Anne Brochet, l’expérience a la saveur d’un retour aux sources. Enfant, elle passait ses étés dans une maisonnette baptisée « Valmondois », en hommage au village familial de l’Oise. L’aller-retour entre souvenirs et présent traverse son récit: elle explore les rites d’un littoral populaire et fidèle à lui-même, tout en brossant le portrait de celles et ceux qui choisissent, l’espace d’une saison, un mode de vie où l’on se contente du nécessaire — et où l’on gagne en intensité ce que l’on abandonne en confort.
Mode d’emploi d’un été léger
Ce que ces cabines disent, concrètement? Qu’un été réussi tient à peu de choses: une clé, une chaise, une serviette, un carnet, peut-être. Elles incarnent une écologie douce, un budget maîtrisé et un sens de la convivialité qui naît de la promiscuité bienveillante des planches. Les visiteurs croisent, discutent, se souviennent. On se prête un parasol, on commente la couleur d’une façade, on sourit au passage du cirque.
- Où: Cayeux-sur-Mer, plage de galets, Hauts-de-France
- Quoi: près de 500 cabines de plage, louées par la municipalité
- Esprit: minimalisme assumé, sans électricité, temps long et rêverie
- Clins d’œil: noms de villes, souvenirs d’enfance, voisinage du cirque Zavatta
| Lieu | Particularité | Nombre de cabines | Location via |
|---|---|---|---|
| Cayeux-sur-Mer (FR) | Plage de galets, cabines colorées | ~500 | Municipalité |
Pourquoi cela nous parle, ici et maintenant
À l’heure où l’on traque le superflu, l’expérience de Cayeux résonne largement en Belgique: se ménager une bulle — un cabanon, une terrasse, un banc au parc — pour retrouver l’essentiel. Loin d’un effet de mode, ces cabines rappellent que la qualité d’un été se mesure moins au nombre d’équipements qu’à la capacité d’habiter pleinement un lieu, même minuscule. Une leçon d’art de vivre que l’on peut transposer partout: chez soi, au bord de l’Escaut, de la Meuse ou de la mer du Nord, avec l’envie de faire rimer sobriété et intensité.
Au bout des planches comme au coin de la mémoire, l’addition est belle: un peu de sel, des galets, un nom écrit sur une porte et l’espace pour rêver. Il n’en faut pas davantage pour que l’été prenne une autre saveur.