Bahreïn multiplie les mesures répressives sous couvert de lutte contre des réseaux présumés pro-iraniens, selon des ONG et des observateurs des droits humains. Les autorités ont annoncé fin avril la perte de nationalité de 69 personnes, décision qui a suscité des critiques en raison du profil de nombreux concernés.
Des décisions ciblant aussi des mineurs
L'Institut de Bahreïn pour les droits et la démocratie relève que près de la moitié des personnes frappées par la déchéance — 33 individus — étaient des enfants, le plus jeune n'ayant que quelques jours. Les chiffres cités par l'ONG s'inscrivent dans un tableau plus large fait d'arrestations et d'allégations de mauvais traitements. Depuis le début des hostilités régionales, l'organisation recense plus de 500 arrestations et signale des cas documentés de torture.
Parmi les cas évoqués figure celui de Sayed Mohamed Almosawi, décrit comme un ancien détenu politique et petit commerçant de 32 ans, qui serait décédé après neuf jours de détention. Les activistes notent la présence de marques et d'ecchymoses sur son corps.
"Toute personne reconnue coupable d'espionnage au profit d'un État étranger devrait avoir droit à un procès équitable. Torturer quelqu'un jusqu'à la mort, ce n'est pas le comportement d'un État. C'est celui d'une mafia"
Cette citation provient de Sayed Ahmed Al Wadaei, directeur du plaidoyer à l'Institut de Bahreïn pour les droits et la démocratie, qui met en lumière la combinaison de critères politiques et communautaires. Selon lui, l'appartenance chiite et des ascendances iraniennes expliqueraient en partie la sévérité des mesures prises par un pouvoir à majorité sunnite.
Conséquences institutionnelles et risques
La répression menée au nom de la sécurité soulève plusieurs enjeux institutionnels: respect des procédures pénales, garantie d'un procès équitable et proportionnalité des sanctions administratives comme la déchéance de nationalité. Les décisions de retirer la nationalité à des mineurs posent en outre des questions au regard des obligations internationales en matière de droits de l'enfant et de protection des apatrides.
- 69 personnes visées par la déchéance de nationalité
- 33 enfants parmi les concernés, d'après l'ONG
- Plus de 500 arrestations recensées depuis le début des hostilités
| Mesure/événement | Chiffre |
|---|---|
| Déchéance de nationalité | 69 personnes |
| Enfants concernés | 33 |
| Arrestations recensées | Plus de 500 |
Sur le plan régional, les monarchies du Golfe justifient ces actions par la nécessité de contrecarrer des activités d'espionnage attribuées à l'Iran. Mais les ONG alertent sur le glissement d'une politique de sécurité vers une stratégie de neutralisation de dissidents et de marginalisation de communautés spécifiques. Le recours à la détention et à des sanctions administratives massives peut alimenter des tensions sociales et nuire au respect de normes juridiques internationales.
Au-delà des chiffres et des cas individuels, cette situation engage la responsabilité des institutions bahreïnies et interpelle les partenaires internationaux sur la manière d'équilibrer préoccupations sécuritaires et impératifs de droits humains.