En dépit d’« avancées factuelles » évoquées par les observateurs — réduction des temps d’attente hospitaliers, relèvement du salaire minimum et baisse de l’immigration —, les deux premières années au poste de premier ministre de Keir Starmer sont jugées « mitigées » par une partie de l’opinion. Au‑delà des changements de position successifs qui lui sont reprochés, c’est surtout un déficit de connexion émotionnelle avec les citoyens qui alimente la critique.
Un débat sur la nature du charisme
La littérature sociologique donne des clés pour comprendre cette perception. La définition classique de l’autorité charismatique, chez Max Weber, met l’accent sur un don personnel, « du corps et de l’esprit », que tous ne possèdent pas. Cette vision essentialisante est pourtant contestée par des approches qui considèrent le charisme comme partiellement construit et mesurable.
Plusieurs travaux académiques sont cités dans l’analyse du cas britannique : les techniques rhétoriques étudiées par Max Atkinson et, plus récemment, les recherches de John Antonakis et ses collègues de l’université de Lausanne, qui ont identifié douze tactiques de leadership charismatique — les CLT (Charismatic Leadership Tactics) — susceptibles d’être quantifiées et enseignées.
Application empirique aux discours
Pour tester ces hypothèses, les auteurs ont constitué un corpus composé des discours annuels prononcés par Keir Starmer au congrès du Parti travailliste de 2020 (année de sa prise de fonction comme chef de parti) à 2025. Ils ont regroupé les douze tactiques en trois domaines analytiques afin d’examiner la rhétorique et les interactions orateur/public.
- Métaphores conceptuelles — façon de structurer des idées et d’orienter la perception.
- Techniques d’engagement émotionnel — procédés rhétoriques qui déclenchent une réponse affective chez l’auditoire.
- Stratégies interactionnelles — modalités de communication qui établissent ou non une proximité avec le public.
Le travail compare ces catégories à la pratique discursive de Starmer afin de déterminer si le déficit de charisme perçu trouve un fondement empirique ou relève d’un jugement culturel et médiatique.
Conséquences et enseignements
Sans prétendre trancher définitivement, l’analyse suggère plusieurs implications pour les partis et dirigeants contemporains :
- Le charisme peut comporter des éléments techniques susceptibles d’être étudiés et transmis, selon certains chercheurs.
- La faiblesse d’« affect » ne réduit pas nécessairement les résultats politiques concrets, mais elle pèse sur la réception publique et la construction de légitimité.
- La montée des populismes a accentué l’attention portée aux performances émotionnelles des dirigeants, modifiant les attentes électorales.
« du corps et de l’esprit »
La comparaison entre la conception weberienne et les approches plus instrumentales du charisme redonne ainsi sa place à l’analyse des techniques de communication : celles‑ci renseignent autant sur les marges d’apprentissage possibles que sur les limites d’un savoir‑faire qui reste, pour une part, lié aux dispositions personnelles.
| Élément | Observation |
|---|---|
| Corpus | Discours annuels au congrès travailliste (2020‑2025) |
| Approches théoriques | Weber (donné personnel) ; Atkinson/Antonakis (techniques mesurables) |
Au terme de l’examen, la question centrale demeure politique : comment concilier efficience gouvernementale et capacité à créer une relation émotionnelle durable avec l’électorat ? L’étude des discours de Starmer offre un terrain d’observation pertinent, sans pour autant remplacer un jugement politique plus large fondé sur des résultats et sur des choix de gouvernance.