L’historien et responsable politique Hervé Hasquin est décédé lundi à l’âge de 83 ans. Ancien ministre-président de la Communauté française et recteur de l’Université libre de Bruxelles (ULB), il laisse l’empreinte d’un parcours hors norme, à la croisée de la recherche scientifique et d’un libéralisme progressiste assumé. Sa trajectoire, marquée par une vingtaine de distinctions honorifiques et scientifiques, a nourri pendant un demi-siècle les débats intellectuels et institutionnels en Belgique francophone.
Un universitaire au long cours
Né à Charleroi en 1942, Hervé Hasquin s’est formé à l’Histoire à l’ULB, où il a obtenu une Licence en 1964 puis un doctorat en 1970. Dans les années 1970, il rejoint le Fonds national de la recherche scientifique (FNRS), d’abord comme chargé de recherche, ensuite comme chercheur qualifié. À partir de cette période, il enseigne à l’ULB, où sa progression institutionnelle est rapide : vice-recteur aux Affaires étudiantes (1974-1979), président de la Faculté de Philosophie et Lettres (1979-1982), puis recteur (1982-1986). Il préside ensuite le Conseil d’administration de l’université de 1986 à 1995.
Parallèlement, il conduit de nombreux projets scientifiques et institutionnels. Il dirige l’Institut d’étude des religions et de la laïcité de l’ULB de 1987 à 2006 et intervient comme professeur invité dans plusieurs universités. En janvier 2008, il devient secrétaire perpétuel de l’Académie royale des Sciences, des Lettres et des Beaux-Arts de Belgique, fonction qu’il exerce jusqu’en décembre 2017.
Une œuvre d’historien ancrée dans les Lumières et la laïcité
Spécialiste du XVIIIe siècle, Hervé Hasquin a élargi son champ d’étude à la démographie historique, à l’histoire de la franc-maçonnerie belge et à l’histoire politique de la Belgique aux XIXe et XXe siècles. Il est l’auteur ou le directeur de nombreux ouvrages devenus des références, portant notamment sur l’histoire de la Wallonie, les Lumières, la laïcité, les mouvements politiques et les religions. L’ULB a rappelé, à l’annonce de sa disparition, l’étendue de ses centres d’intérêt et l’influence de ses travaux sur plusieurs générations d’étudiants et de chercheurs.
- Champs de recherche : XVIIIe siècle, démographie historique, franc-maçonnerie en Belgique
- Axes thématiques : histoire de la Wallonie, Lumières, laïcité, mouvements politiques et religions
- Fonctions académiques majeures : rectorat de l’ULB, présidence du CA, Institut d’étude des religions et de la laïcité
Une incursion durable en politique
L’engagement d’Hervé Hasquin en politique débute en 1983 au conseil communal de Charleroi. Il devient vice-président du Parti Réformateur Libéral (PRL) entre 1986 et 1989, est élu sénateur provincial du Brabant de 1987 à 1991, et siège comme conseiller communal à Woluwe-Saint-Lambert de 1989 à 2000, où il exerce la fonction d’échevin à partir de 1995. Au-delà de ce parcours local et national, il accède aux plus hautes responsabilités politiques francophones en tant qu’ancien ministre-président de la Communauté française.
Une trajectoire au carrefour des institutions
La singularité de son itinéraire tient au dialogue constant entre production scientifique et décision publique. Son rôle de passeur entre milieux académiques et sphères politiques s’observe dans la cohérence de ses engagements : promotion d’une lecture historique des institutions, réflexion sur la laïcité et attention continue aux dynamiques intellectuelles qui structurent l’espace public francophone. Nombre de ses responsabilités ont agi comme des leviers d’influence, au service d’un libéralisme attentif aux évolutions sociales et culturelles, sans rompre avec l’exigence méthodologique de l’universitaire.
Repères de carrière
| Années | Institution | Fonction |
|---|---|---|
| 1964 / 1970 | ULB | Licence puis doctorat en Histoire |
| Années 1970 | FNRS | Chargé de recherche puis chercheur qualifié |
| 1974–1979 | ULB | Vice-recteur aux Affaires étudiantes |
| 1979–1982 | ULB | Président de la Faculté de Philosophie et Lettres |
| 1982–1986 | ULB | Recteur |
| 1986–1995 | ULB | Président du Conseil d’administration |
| 1987–2006 | ULB | Président de l’Institut d’étude des religions et de la laïcité |
| 2008–2017 | Académie royale | Secrétaire perpétuel |
| 1983 | Charleroi | Début au conseil communal |
| 1986–1989 | PRL | Vice-président |
| 1987–1991 | Province du Brabant | Sénateur provincial |
| 1989–2000 | Woluwe-Saint-Lambert | Conseiller communal (échevin dès 1995) |
La disparition d’Hervé Hasquin met un terme à une carrière qui a articulé, avec constance, exigence académique et engagement public. Au fil de ses responsabilités, il a contribué à structurer le débat intellectuel francophone et à porter, dans la sphère politique, une vision libérale ouverte aux enjeux sociétaux contemporains. Son héritage s’inscrit autant dans les institutions qu’il a dirigées que dans les ouvrages qui ont nourri la connaissance de l’histoire belge et de ses courants de pensée.