Un rapport publié récemment par Greenpeace Belgique dénonce l'existence d'un vaste ensemble d'aides publiques qui, selon l'ONG, profitent abondamment aux secteurs industriels les plus émetteurs de gaz à effet de serre. Au cœur des critiques figurent des soutiens directs et indirects estimés à entre 5,7 et 7,4 milliards d'euros au cours des dernières années, qui auraient aidé des acteurs comme Total Energies, ExxonMobil ou ArcelorMittal.
Quels mécanismes sont pointés ?
Greenpeace met en lumière un ensemble de mesures publiques qui, cumulées, permettraient d'alléger le coût de ces activités très consommatrices d'énergie. Parmi les dispositifs évoqués :
- des subsides directs;
- des réductions d'accises;
- des quotas d'émission gratuits au sein des marchés carbone.
Pour l'ONG, ces aides créent une dépendance financière des industriels aux énergies fossiles et nuisent à l'efficacité des politiques climatiques.
« Notre demande est très simple. Elle est de récupérer cette grosse manne d'argent pour la réorienter vers les industries, vers les ménages mais pour leur permettre de faire des investissements. »
Cette déclaration est signée par Elodie Belleflamme, chargée de transition énergétique chez Greenpeace Belgique, qui préconise d'utiliser les fonds pour soutenir des investissements plutôt que la consommation d'énergies fossiles.
Une critique partagée par des experts
L'appel n'est pas isolé dans le paysage intellectuel. Des économistes et scientifiques, dont des membres du Club de Rome, critiquent également ce que certains qualifient de « perversités » du marché : aides publiques qui bénéficieraient en proportion aux producteurs d'énergies non renouvelables.
« La justice vient dans le fait qu’on taxe ce qui doit être taxé et qu’on aide ce qui doit être aidé. »
Cette analyse a été défendue par Sandrine Dixson-Declève, présidente honoraire du Club de Rome, lors d'une intervention médiatique récente.
Conséquences politiques et options publiques
Le rapport intervient dans un contexte où le gouvernement fédéral affiche des objectifs de maîtrise des dépenses. La demande de Greenpeace — supprimer ou redéployer des aides vers la rénovation, l'efficacité énergétique et l'adaptation industrielle — soulève plusieurs enjeux institutionnels :
- les arbitrages budgétaires entre soutien aux entreprises et investissements pour la transition ;
- la compatibilité des mesures avec les règles européennes sur les aides d'État et le marché carbone ;
- les conséquences sociales et sectorielles d'un retrait d'aides pour des industries fortement exposées.
Les options possibles vont de la suppression progressive de certains dispositifs à la mise en place de conditions d'aide strictes : lien aux investissements bas-carbone, quotas alloués contre obligations de réduction, ou réemploi des économies en faveur des ménages vulnérables.
| Éléments critiqués | Montant estimé |
|---|---|
| Soutiens directs et indirects aux industries fossiles | 5,7 – 7,4 milliards € |
Le rapport de Greenpeace ouvre un débat qui dépasse le strict périmètre environnemental : il interroge la cohérence des politiques économiques, fiscales et sociales à l'heure où la Belgique doit concilier contraintes budgétaires et engagements climatiques. Les prochains mois devraient montrer si l'exécutif saisit l'occasion pour redéployer ces ressources, ou s'il maintient un soutien ciblé aux secteurs jugés stratégiques.