Le Premier ministre hongrois Péter Magyar a indiqué lundi 20 juillet vouloir soumettre au Parlement la candidature de l’ex-numéro un mondiale des échecs Judit Polgar à la tête de l’État. Cette proposition s’inscrit dans une transition institutionnelle accélérée: une révision de la Constitution adoptée le 13 juillet par la majorité de son parti Tisza, proeuropéen et conservateur, a mis fin de manière immédiate au mandat du président Tamas Sulyok, qui a lui-même promulgué l’amendement le 18 juillet.
Une présidence de transition jusqu’à une nouvelle Loi fondamentale
Dans un message publié sur Facebook, Péter Magyar a précisé qu’il rencontrerait Judit Polgar dans la journée afin d’évaluer son acceptation d’une fonction présidentielle appelée à durer jusqu’à l’adoption d’une nouvelle Constitution. Il a justifié son choix par la nécessité de rassembler le pays dans une phase délicate:
« Notre pays a besoin d’unité, de paix et d’un président dont tous les Hongrois puissent être fiers »
Âgée de 49 ans, Judit Polgar est une figure publique largement estimée et peu identifiée aux formations politiques. Sa notoriété dépasse le monde des échecs, où elle a régné sur la compétition féminine pendant plus d’un quart de siècle et reste, à ce jour, la seule femme à avoir intégré le Top 10 mondial toutes catégories. Sa carrière compte des victoires emblématiques contre plusieurs champions du monde masculins, dont Garry Kasparov en 2002. Elle a pris sa retraite sportive en 2014.
Un changement de cap politique et institutionnel
La séquence actuelle découle de la victoire de Tisza aux législatives d’avril, qui a conféré au chef du gouvernement une majorité solide à l’Assemblée. Celle-ci a fait adopter un train de modifications constitutionnelles, âprement discutées, entraînant la cessation anticipée des fonctions du président Sulyok, réputé proche de l’ancien Premier ministre nationaliste Viktor Orbán. L’objectif affiché par Péter Magyar est de tourner la page de cette période et de redéfinir les équilibres institutionnels.
La nomination de Judit Polgar, si elle accepte, constituerait une étape intermédiaire avant la présentation formelle de sa candidature au Parlement. La démarche comporte deux volets:
- Accord préalable de l’intéressée pour assumer la charge présidentielle à titre transitoire;
- Soumission et vote de sa candidature par les députés, conformément aux règles en vigueur.
Calendrier récent des décisions
| Date | Événement |
|---|---|
| 13 juillet | Adoption par le Parlement d’une réforme constitutionnelle mettant fin au mandat présidentiel en cours. |
| 18 juillet | Signature par Tamas Sulyok de l’amendement actant sa cessation de fonctions. |
| 20 juillet | Annonce par Péter Magyar de sa volonté de proposer Judit Polgar à la présidence. |
Une figure de consensus pour une phase sensible
Le choix d’une personnalité reconnue pour son parcours exceptionnel, mais tenue à distance des clivages partisans, répond à une logique de neutralité et de rassemblement dans un contexte qu’on sait tendu. La désignation d’une présidente intérimaire issue de la société civile pourrait contribuer à stabiliser l’exécutif le temps de mener à bien la refonte constitutionnelle. Péter Magyar, fort de son assise parlementaire, entend ainsi installer une transition ordonnée et limiter les crispations politiques liées à la fin anticipée du mandat présidentiel.
Les prochaines étapes dépendront d’abord de la décision de Judit Polgar d’endosser ce rôle. À défaut d’un feu vert de l’ancienne championne, le chef du gouvernement devra identifier une autre personnalité à même d’incarner l’État pendant la phase de réécriture de la Loi fondamentale. À l’inverse, si elle accepte et si le Parlement entérine sa nomination, la Hongrie se dotera rapidement d’une présidente de consensus, dans l’attente d’un nouveau cadre constitutionnel qui reste à définir.
Au-delà du symbole, la proposition confirme la volonté des nouvelles autorités de refonder l’architecture institutionnelle et de marquer une césure avec le passé immédiat. Le passage par une figure extérieure aux appareils partisans illustre la recherche d’une légitimité transversale, condition jugée nécessaire par l’exécutif pour mener à bien une réforme d’ampleur, sans pour autant préjuger du contenu de la future Constitution ni du calendrier exact de son adoption.