La Banque mondiale publiait en avril 2026 un rapport consacré à l'Asie du Sud qui marque une rupture de ton. Après des décennies de promotion de la libéralisation et des recettes d'ajustement structurel, l'institution présente désormais la politique industrielle comme un outil acceptable pour favoriser la création d'emplois et stimuler la transformation économique.
Un constat inédit au regard des décennies passées
Le document relève que la croissance rapide observée ces dernières années n'a pas nécessairement conduit à un développement équilibré ni à une création d'emplois suffisante. Il désigne également l'intelligence artificielle comme une menace concrète pour l'emploi, y compris dans des secteurs de services longtemps considérés comme des leviers de réussite pour le développement.
Ce qui change — et ce qui reste à interroger
Le changement de vocabulaire au sein de la Banque mondiale est tangible: après avoir prôné la privatisation et l'ouverture des marchés durant les années 1980 et 1990, l'institution reconnaît aujourd'hui la nécessité d'instruments publics plus actifs. Mais le rapport invite aussi à s'interroger sur la finalité de ce retournement discursif et sur les moyens concrets qui seront préconisés ou financés.
- Diagnostic: croissance sans création d'emplois suffisante; déséquilibres régionaux;
- Risque technologique: l'IA ébranle des emplois de services;
- Implication politique: la réhabilitation de la politique industrielle nécessite des choix publics précis, au-delà du simple changement de vocabulaire.
"Working with Industrial Policy"
Conséquences possibles pour les décideurs
Pour les gouvernements nationaux et les institutions européennes, l'évolution de l'analyse de la Banque mondiale peut renforcer les arguments en faveur d'interventions ciblées: soutien sectoriel, formation professionnelle, et politiques publiques coordonnées pour accompagner la diffusion des technologies. Elle pose aussi la question des critères et des instruments: allocation des ressources, conditions d'accompagnement des entreprises, et gouvernance des dispositifs.
| Période | Orientation dominante |
|---|---|
| années 1980-1990 | libéralisation, privatisation, ajustement structurel |
| 2026 | réhabilitation de la politique industrielle; alerte sur l'IA |
La reconnaissance par une institution majeure des limites des modèles antérieurs ne garantit pas l'émergence de solutions opérationnelles. Les choix futurs dépendront des arbitrages budgétaires, des capacités administratives et des dialogues politiques qui orienteront la mise en œuvre des nouvelles orientations. Pour les pays qui ont subi les prescriptions libérales, la question centrale reste de savoir si ce changement de discours se traduira par des politiques publiques capables de promouvoir une transformation productive inclusive, soutenable et adaptée aux défis technologiques.