Le Vietnam affiche ses ambitions: faire de l’économie créative un pilier de sa croissance. L’orientation officielle, consolidée par des textes récents, s’appuie sur une jeunesse à l’aise avec la technologie, un dividende démographique encore favorable et une volonté politique d’organiser l’innovation, y compris via un cadre renforcé de propriété intellectuelle. L’objectif est clair: transformer un potentiel diffus en moteur économique structuré.
Une jeunesse technophile comme accélérateur
Au cœur de cette stratégie, la capacité d’adaptation des jeunes Vietnamiens aux outils numériques. Des travaux universitaires menés par la Dr Tran Nguyen Thi Tam Dan (Université des ressources naturelles et de l’environnement de Hanoï) soulignent que cette génération maîtrise rapidement les technologies et sait mobiliser les plateformes pour passer de l’idée à la start-up. Leur sensibilité aux enjeux environnementaux et au développement durable en ferait de puissants relais de nouveaux modèles d’affaires.
« Les jeunes sont généralement plus réceptifs aux nouvelles valeurs, notamment celles liées à l'environnement et au développement durable. Ils ont une grande capacité à diffuser ces valeurs via les réseaux sociaux et les communautés. Leurs initiatives ne se limitent pas au niveau individuel, mais peuvent engendrer un effet d'entraînement important, favorisant ainsi l'émergence de modèles économiques écologiques »
Cette dynamique s’inscrit dans un contexte démographique encore porteur. La combinaison d’une mentalité tournée vers les sciences et les technologies et d’un bassin de talents connecté ouvre des perspectives dans la production de contenus numériques et, plus largement, dans les activités où se croisent créativité et technologie.
Cap politique: innovation et droits d’auteur
Le Parti et l’État ont multiplié les signaux réglementaires. Une résolution du 22 décembre 2024 met l’innovation au centre du développement national. En parallèle, un décret du 26 avril 2023 précise la gestion du droit d’auteur dans l’environnement numérique. L’ensemble vise à sécuriser et fluidifier l’investissement créatif, tout en balisant les usages et la monétisation des œuvres et services associés.
| Indicateur / Mesure | Donnée / Référence |
|---|---|
| Indice mondial de l’innovation 2025 | 34e place sur 132 économies |
| Orientation stratégique | Résolution n° 57-NQ/TW (22/12/2024) |
| Cadre droits d’auteur | Décret n° 17/2023/ND-CP (26/04/2023) |
Ce que cela change pour les acteurs économiques
Concrètement, la priorité donnée aux industries créatives peut accélérer l’émergence d’entreprises dans le jeu vidéo, le design, la musique, la vidéo en ligne, l’édition numérique, la publicité, la formation à distance ou encore les solutions logicielles dédiées aux contenus. La mise en avant du droit d’auteur crée un environnement plus lisible pour valoriser et protéger les œuvres, un point déterminant pour attirer des partenaires et des investisseurs du secteur.
- Pour les entreprises actives dans la création et la tech: une demande accrue en services numériques et en compétences de production de contenus peut ouvrir des pistes de partenariats et de co-développement.
- Pour les plateformes et éditeurs: un cadre de droits renforcé facilite la gestion des catalogues, la distribution et la monétisation sur un marché en expansion.
- Pour les consommateurs: l’offre locale de contenus et d’applications pourrait s’élargir, avec des services plus adaptés aux usages mobiles et sociaux.
Un rang international qui soutient l’attractivité
Le positionnement du pays à la 34e place de l’Indice mondial de l’innovation 2025 confirme la progression des capacités d’innovation. Ce classement, suivi par les investisseurs, sert souvent de baromètre pour juger de la profondeur d’un écosystème, de sa main-d’œuvre qualifiée et de la qualité de ses institutions. Il contribue à crédibiliser l’option « économie créative » comme vecteur de montée en gamme industrielle et de diversification des exportations.
Perspectives et enjeux
La réussite de cette stratégie suppose de conjuguer plusieurs chantiers: infrastructures numériques résilientes, financements adaptés aux activités immatérielles, compétences en gestion de la propriété intellectuelle et en distribution numérique, sans oublier la coordination entre administration, universités et entreprises. Les textes-cadres publiés signalent une volonté de structurer ces éléments et d’en faire un écosystème cohérent.
À moyen terme, la consolidation d’un marché local de la création peut renforcer la résilience économique, réduire la dépendance à des segments plus cycliques et générer des emplois qualifiés. L’accent mis sur des modèles alignés avec le développement durable pourrait aussi accroître la valeur perçue des produits et services « made in Vietnam » sur les marchés étrangers, notamment dans les filières où l’empreinte environnementale et la traçabilité des contenus deviennent des critères d’achat.
Lecture pour les entreprises et ménages en Belgique
Pour les entreprises belges des secteurs créatifs et technologiques, l’orientation vietnamienne peut signifier davantage d’opportunités de coopération: externalisation de production de contenus, licences, co-création d’applications ou distribution conjointe. La clarification des règles de droits d’auteur est un signal attendu des acteurs internationaux. Pour les ménages, ces dynamiques se traduisent potentiellement par une plus grande diversité d’offres numériques accessibles (jeux, éducation en ligne, divertissement), portées par des écosystèmes où l’innovation de service progresse rapidement.
Reste un enjeu transfrontalier classique: articuler protection des œuvres, accès des créateurs aux revenus et circulation internationale des contenus. En posant des jalons réglementaires et en misant sur sa jeunesse technophile, le Vietnam entend s’installer durablement sur la carte mondiale des industries créatives.