Accusations graves sur l'usage du service de sécurité intérieure
Au cœur d'une campagne législative déjà polarisée en Israël, le président d'Israël Beitenou, Avigdor Lieberman, a accusé samedi soir le Premier ministre Benjamin Netanyahou de chercher à instrumentaliser le Shin Bet, le service de sécurité intérieure, pour viser des adversaires politiques et des médias jugés hostiles. Le gouvernement, par la voix du ministre Amichaï Chikli, a rejeté ces allégations.
Invité de la chaîne N12, M. Lieberman a relié ses inquiétudes à la récente nomination de David Zini à la tête du service. Il a exhorté les agents à documenter toute sollicitation à caractère politique qui leur serait adressée, faisant de la neutralité de l'appareil sécuritaire un enjeu central de la séquence électorale à venir.
« Il existe une tentative d'utiliser le Shin Bet pendant cette campagne électorale contre des rivaux politiques et contre des médias jugés "non amicaux". Cela ne doit pas arriver »
Une mise en garde aux implications institutionnelles
Le débat soulevé par ces accusations dépasse la joute de campagne: il touche à la séparation entre la sécurité intérieure et la lutte partisane, un principe qui fonde la confiance du public dans les institutions. En appelant explicitement les agents du Shin Bet à signaler toute pression, Avigdor Lieberman introduit une dimension de contrôle interne dans l'actualité politique, sans toutefois présenter d'éléments matériels à ce stade. Le démenti opposé par Amichaï Chikli souligne, à l'inverse, la ligne du gouvernement, qui récuse toute interférence politique dans les services.
La référence à la nomination de David Zini au sommet du Shin Bet illustre la sensibilité de ces postes en période électorale. Pour l'opposition, l'enjeu est d'empêcher que la sécurité d'État ne devienne un levier électoral. Pour la majorité, il s'agit de défendre des décisions de commandement considérées comme relevant de la continuité de l'État.
Positions de campagne et lignes rouges
Au-delà de la controverse institutionnelle, Avigdor Lieberman a formalisé ses lignes rouges en vue d'éventuelles négociations post-scrutin. Il a écarté toute participation à une coalition incluant les partis orthodoxes, visant nommément le Shas d'Aryeh Deri et Yahadout HaTorah mené par Yitzhak Goldknopf. Il a, par ailleurs, étrillé le gouvernement pour ce qu'il qualifie de « législation de type taliban », en référence au projet de loi sur la séparation hommes-femmes dans l'enseignement supérieur.
Dans ce registre, il a aussi exprimé son désaccord avec l'ancien chef d'état-major Gadi Eisenkot, dont la formation politique est bien positionnée dans les enquêtes d'opinion, après des propos jugés élogieux envers Aryeh Deri. M. Lieberman a enfoncé le clou en présentant le Shas comme un parti profondément anti-sioniste, et en garantissant que sa formation ne rejoindrait pas une coalition où siégeraient ces partis.
Conscription et priorités sécuritaires
Sur la conscription, l'ancien ministre a réitéré son attachement à un service obligatoire universel, qu'il soit militaire ou civil. Cette posture s'inscrit dans un débat ancien sur le partage de l'effort national, qui recoupe les tensions entre partis laïques et formations ultraorthodoxes, et dont l'écho se fait particulièrement entendre en période électorale.
Dans une formule franche, Avigdor Lieberman a affirmé que l'alliance rassemblant Benjamin Netanyahou, Aryeh Deri et Yitzhak Goldknopf nuirait plus à la sécurité d'Israël que plusieurs ennemis extérieurs réunis. En liant politique de coalition et sécurité nationale, il ramène l'argument sécuritaire au premier plan de la campagne, tout en cherchant à cliver avec le bloc religieux.
Quels enjeux pour la campagne à venir?
La charge portée contre l'exécutif intervient à un moment où les alliances et incompatibilités s'affichent plus nettement. Trois points de tension dominent:
- La neutralité du Shin Bet et, plus largement, des services de l'État en période électorale;
- La place des partis orthodoxes dans une future coalition, avec le refus explicite d'Israël Beitenou d'envisager une alliance;
- La conscription universelle, qui cristallise les clivages entre sensibilités laïques et ultraorthodoxes.
La réponse immédiate d'Amichaï Chikli, rejetant les allégations, prépare sans doute d'autres prises de position gouvernementales pour refermer la polémique. Reste que la séquence place la question de l'étanchéité entre appareil sécuritaire et enjeux partisans au cœur du débat public, alors que les formations affûtent leur discours à l'approche des prochaines élections législatives.
Principaux acteurs et positions
| Acteur | Fonction/Parti | Position clé |
|---|---|---|
| Avigdor Lieberman | Président d'Israël Beitenou | Dénonce une instrumentalisation du Shin Bet; refuse une coalition avec Shas et Yahadout HaTorah; soutient un service obligatoire universel |
| Benjamin Netanyahou | Premier ministre | Mise en cause par Lieberman pour une utilisation politique présumée du Shin Bet |
| Amichaï Chikli | Ministre | Réfute fermement les accusations de Lieberman |
| David Zini | Direction du Shin Bet | Nomination évoquée par Lieberman comme source d'inquiétude |
| Aryeh Deri | Chef du Shas | Partenaire de coalition désigné par Lieberman comme incompatible |
| Yitzhak Goldknopf | Dirigeant de Yahadout HaTorah | Autre partenaire orthodoxe rejeté par Israël Beitenou |
| Gadi Eisenkot | Ancien chef d'état-major | Critiqué par Lieberman pour des propos favorables envers Aryeh Deri |