À neuf mois du premier tour de la présidentielle française, Dominique de Villepin défend une voie de «rassemblement» pour tenter de déverrouiller un paysage dominé, selon lui, par une double polarisation. Dans un entretien à La Tribune Dimanche, l'ancien Premier ministre confirme sa candidature et maintient l’objectif de bâtir une offre collective face au Rassemblement national (RN) et à La France insoumise (LFI), tout en reconnaissant plafonner à moins de 5% d’intentions de vote.
Un diagnostic de polarisation et un pari sur le temps long
Dominique de Villepin décrit un jeu politique «confisqué» par deux pôles, qu’il situe à l’extrême droite et à l’extrême gauche. La radicalité, avance-t-il, impose la simplicité des messages mais élude la complexité du réel. Il y voit un décalage avec un monde «agité» par de nouveaux circuits d’information, une mondialisation «cassée» et le «retour des empires». Sa réponse: proposer une alternative qui échappe à la figure de l’homme ou de la femme providentielle, misant sur un processus d’agrégation plutôt que sur un leadership solitaire.
«Il faut une idée neuve, celle du collectif et du rassemblement.»
Confronté à une base sondagière faible, il appelle à «la patience» et situe le véritable tempo de la compétition à partir de la rentrée et jusqu’à la fin de l’année 2026. Selon lui, le «tableau final» pourrait même n’être connu qu’en février, laissant ouverte la perspective d’entrées tardives et de désistements.
Des noms cités et un calendrier mouvant
Dominique de Villepin mentionne explicitement plusieurs responsables dont les ambitions «n’ont jamais été absentes» et qu’il juge «légitimes». Sans confirmer d’accords ni de rapprochements, il esquisse un champ de possibles qui, selon lui, s’éclaircira au fil des prochains mois et au gré des ralliements ou des renoncements.
- Xavier Bertrand, Michel Barnier, Bruno Le Maire, Jean Castex et François Hollande sont «pensés» comme de potentielles candidatures.
- Des «défections» sont anticipées d’ici la fin 2026, avec une configuration probablement clarifiée seulement en février.
- Des responsables politiques «se demandent» s’il ne faudrait pas «s’entendre» pour «éviter le pire».
Cette séquence, encore ouverte, nourrit l’idée d’une recomposition sous contrainte, où chaque prise de position publique peut modifier l’équilibre des forces. La perspective d’un «collectif» sert ici de pivot stratégique pour attirer des sensibilités dispersées, sur fond d’inquiétude quant à une France «en morceaux» décrite par l’intéressé.
Un appel à la défense de la démocratie «pour tous»
Au-delà des calculs d’appareil, l’enjeu revendiqué est celui de la protection des institutions démocratiques. La bataille de 2027 est ainsi présentée comme un référendum implicite sur le type de majorité et de méthode souhaitées. L’ancienne tête de l’exécutif estime que les formations qu’il cite projettent une fragmentation à laquelle il oppose une «démocratie pour tous», fondée sur le compromis et l’agrégation de forces politiques hétérogènes.
«Pour éviter le pire, il faut s’entendre.»
Ce positionnement se veut à la fois programmatique et procédural: il privilégie l’architecture d’une candidature de coalition plutôt que l’affirmation d’un candidat unique autour duquel s’aligner. Reste la question de la crédibilité électorale: l’intéressé reconnaît un socle inférieur à 5%, ce qui impose, de facto, des soutiens extérieurs s’il veut peser sur l’issue.
Une méthode d’agrégation sous contraintes
Dans l’entretien, l’insistance sur la temporalité traduit une conviction: la fenêtre stratégique ne s’ouvre pas au cœur de l’été mais à la rentrée, jusqu’à la fin 2026, avec une possible cristallisation au début de l’année suivante. Ce pari suppose que d’éventuels concurrents retardent leur décision, que des «défections» interviennent et que l’opinion soit réceptive à une offre qualifiée de «collective». Dans ce cadre, l’identification d’un dénominateur commun entre familles politiques diverses sera déterminante.
| Personnalités citées | Statut évoqué |
|---|---|
| Xavier Bertrand | Ambitions potentielles |
| Michel Barnier | Ambitions potentielles |
| Bruno Le Maire | Ambitions potentielles |
| Jean Castex | Ambitions potentielles |
| François Hollande | Ambitions potentielles |
Une bataille encore ouverte
À ce stade, l’offre portée par Dominique de Villepin se résume à une méthode — le rassemblement — et à un cap — la «défense de la démocratie». Les paramètres électoraux qu’il évoque (pluralité de candidatures, possibles désistements, arbitrage tardif) font de la présidentielle un processus à géométrie variable. Les prochains mois diront si cette stratégie d’agrégation parvient à transformer une intention en dynamique et, surtout, à franchir le seuil critique qui permet d’exister dans une compétition dominée par des forces qu’il juge polarisantes.
Dans l’intervalle, la ligne proposée reste claire: s’extraire de la logique des «providence» individuelles et construire une alternative à plusieurs voix. Cette approche, si elle se concrétise, reposera sur des convergences à démontrer et des équilibres à inventer, dans un calendrier qu’il envisage dense jusqu’à la fin de 2026 et possiblement décisif en février.