Les cours des minéraux critiques ont fortement augmenté en 2025 et durant la première moitié de 2026, mais la majeure partie de la valeur générée quitte le continent africain sous forme de matières premières non transformées. Le constat figure dans un rapport de l'Agence internationale de l'énergie et a été confirmé par des experts cités par notre correspondant à Abidjan.
Des cours dopés, des retombées limitées
Les tensions sur les marchés des matières premières ont entraîné des hausses marquées : le prix du lithium a doublé et le cobalt a enregistré une progression de +130 %. Parallèlement, l'Afrique concentre près de 30 % des réserves mondiales de ces minerais, pour une valeur estimée à environ 29 500 milliards de dollars.
Pourtant, l'essentiel des minerais extraits est exporté sans transformation industrielle sur place. Selon le docteur Albert Kouadio, spécialiste des mines, le retour économique direct pour les États qui accordent des permis d'exploration est souvent minime : « Lorsqu'un pays donne des permis de recherche à des entreprises étrangères à l'extraction, au mieux, il a un retour de 10%. »
« Lorsqu'un pays donne des permis de recherche à des entreprises étrangères à l'extraction, au mieux, il a un retour de 10%. »
Pourquoi la transformation locale change la donne
Les autorités africaines et certains diplomates poussent aujourd'hui pour aller au‑delà du simple raffinage : l'objectif est de fabriquer des composants et, à terme, des produits finis — batteries, modules ou autres éléments de la chaîne énergétique. L'argument est économique et social : capter une part plus large de la valeur ajoutée signifie plus d'emplois industriels, des revenus fiscaux supérieurs et des opportunités de développement technologique.
Comme le souligne Othman El Ferdaous, l'ambition consiste à garder « les primes d'aval », c'est‑à‑dire la valeur liée à la transformation, à la marque et à la distribution. Sans transformation locale, les pays producteurs restent dépendants des prix de matières brutes, plus volatils et moins structurants pour l'emploi.
Obstacles concrets à lever
Plusieurs conditions doivent être réunies pour industrialiser la chaîne de valeur sur place :
- disposer d'une énergie abondante, fiable et à coût compétitif pour alimenter les opérations de raffinage et d'assemblage ;
- attirer des investissements industriels et des compétences techniques pour lancer des unités de transformation ;
- mettre en place des cadres réglementaires et fiscaux qui favorisent l'investissement local plutôt que l'extraction purement exportatrice.
Ces prérequis ont un impact direct pour les ménages et les entreprises africaines : des investissements en énergie et en formation peuvent soutenir la création d'emplois industriels, stabiliser les revenus et réduire la dépendance aux fluctuations des cours internationaux. Pour les entreprises étrangères et les donneurs d'ordre mondiaux, une transformation locale signifie des chaînes d'approvisionnement plus longues mais potentiellement plus résilientes.
Chiffres clés
| Indicateur | Valeur |
|---|---|
| Part des réserves mondiales en Afrique | ~30 % |
| Valeur estimée des ressources | 29 500 milliards $ |
| Variation prix du lithium | x2 |
| Variation prix du cobalt | +130 % |
| Part de retour estimée pour certains pays accordant des permis | ~10 % |
Au plan international, la montée en puissance de la demande pour les minéraux liés à la transition énergétique constitue une opportunité pour réindustrialiser certaines économies africaines — à condition que les États, les investisseurs et les partenaires commerciaux coordonnent politiques énergétiques, formations et incitations industrielles. Sans ces efforts, les pays producteurs risquent de rester des fournisseurs de minerai plutôt que de devenir des acteurs de la chaîne de valeur mondiale.