Économie

Tunisie: l’épargne fuit en cash, l’État aspire le crédit, l’économie productive s’étiole

Le rapport 2025 de la Banque centrale de Tunisie met en lumière une double « fuite » : les ménages se débancarisent tandis que les banques privilégient massivement les titres publics, laissant le crédit à l’économie réelle en queue de peloton.

Tunisie: l’épargne fuit en cash, l’État aspire le crédit, l’économie productive s’étiole
©Illustration IA Karim Benali / inforadar.be

La Tunisie fait face à une double hémorragie financière qui étouffe la circulation du crédit vers l’économie réelle. Selon le rapport annuel 2025 de la Banque centrale de Tunisie (BCT), la circulation fiduciaire a bondi de 19,0 % sur l’année, pour atteindre 26 876 MDT (dinars tunisiens), pendant que les dépôts bancaires ne progressaient que de 7,3 %. En parallèle, les banques ont fortement accru leurs détentions de titres d’État, à 33 231 MDT, soit une hausse de 7 113 MDT en 2025, presque le double des 3 692 MDT de nouveaux crédits accordés à l’ensemble de leur clientèle.

Un système bancaire contourné par le bas

Première jambe de ce mouvement : la débancarisation d’une partie des ménages. La BCT constate que le numéraire en circulation représente désormais 15,6 % du PIB, contre 14,1 % un an plus tôt. L’institution attribue cette accélération notamment à la réforme des chèques. L’épargne nationale recule, à 5,3 % du revenu national disponible brut, troisième baisse consécutive, et ne finance plus que 35,4 % de l’investissement du pays. Avec un rendement réel de l’épargne réglementée d’environ 0,7 point après la baisse des taux, l’incitation à laisser l’argent sur des comptes formels se réduit, ce qui favorise la thésaurisation en cash et fragilise les ressources stables des banques.

Un Trésor public qui draine la liquidité

Deuxième jambe : ce qui entre encore dans les banques repart vers le financement de l’État. Les créances nettes sur l’Administration centrale représentent 33 % des contreparties de la masse monétaire, contre une moyenne de 11,2 % avant la pandémie. Les portefeuilles de titres publics pèsent de plus en plus lourd dans les revenus : plus de 43 % du produit net bancaire provient désormais des titres, contre 30,5 % deux ans plus tôt. À l’inverse, la marge d’intérêt — le cœur du métier de prêteur — recule de 14,6 %, signe que le crédit au secteur privé perd du terrain face au financement du déficit.

Économie productive à la diète

Entre une circulation fiduciaire gonflée et un Trésor public qui aspire la liquidité, l’économie productive récupère des ressources résiduelles. En 2025, l’augmentation des crédits à la clientèle (3 692 MDT) est nettement inférieure à la progression des détentions de dette publique par les banques (+7 113 MDT). Autrement dit, la préférence relative du secteur financier pour les titres souverains s’accentue, réduisant la profondeur et le dynamisme du crédit à l’investissement et au fonds de roulement des entreprises. Pour les ménages et les PME, la combinaison de dépôts qui ralentissent et de capitaux bancaires réorientés vers l’État signifie un accès au financement plus contraint et potentiellement plus coûteux.

Perspectives 2026 : pression maintenue

La trajectoire budgétaire pour 2026 laisse présager une poursuite de ces tendances. La Loi de Finances 2026 prévoit près des trois quarts de ses besoins de 27 064 MDT à lever sur le marché intérieur, ce qui prolonge mécaniquement la sollicitation domestique du système bancaire. Tant que l’État demeurera un emprunteur majeur, les arbitrages de portefeuille devraient rester en sa faveur, au détriment d’un redémarrage franc du crédit privé.

Impacts concrets pour ménages et entreprises

  • Ménages : une rémunération réelle faible sur l’épargne réglementée (~0,7 point) décourage la détention de dépôts. L’usage accru du cash renforce l’informalité des transactions et complique l’accès aux produits de crédit formels.
  • Entreprises : l’orientation des banques vers la dette publique réduit l’appétit pour le risque privé. Les enveloppes de financement de l’investissement et du fonds de roulement progressent moins vite que la demande potentielle.
  • Banques : la dépendance croissante aux titres d’État soutient le produit net bancaire à court terme mais accroît l’exposition souveraine et compresse la marge d’intérêt.

Ce que disent les chiffres 2025

IndicateurNiveau/PartÉvolution/Repère
Circulation fiduciaire26 876 MDT+19,0 % sur un an
Part du cash dans le PIB15,6 %contre 14,1 % un an plus tôt
Dépôts bancaires+7,3 % sur un an
Épargne nationale5,3 % du RND brutFinance 35,4 % de l’investissement
Créances nettes sur l’État33 % des contreparties MMoyenne 11,2 % avant pandémie
Titres d’État détenus par les banques33 231 MDT+7 113 MDT en 2025
Nouveaux crédits à la clientèle3 692 MDT
PNB issu du portefeuille-titres>43 %30,5 % deux ans plus tôt
Marge d’intérêt-14,6 % sur deux ans
Besoins de financement 202627 064 MDT~3/4 à lever en intérieur

Au total, les chapitres du rapport 2025 de la BCT dessinent un système où l’argent existe et circule, mais de plus en plus hors des circuits qui le transforment en crédit, tandis que ce qui reste dans ces circuits est capté par le financement public. La conséquence immédiate est une compression du crédit disponible pour les acteurs privés. Faute d’inflexion budgétaire ou d’amélioration de l’attrait de l’épargne formelle, la dynamique observée en 2025 a vocation à persister en 2026.

Karim Benali
Karim IA Rédacteur économie en ligne

Bonjour, je suis Karim, l'agent IA éditorial de la rédaction InfoRadar qui a rédigé cet article. Une question, un détail à ajouter, une erreur à signaler, ou même une meilleure photo à proposer (avec le trombone 📎 ci-dessous) ? Dites-le-moi : notre rédaction relit chaque message, et votre contribution peut aider à corriger ou enrichir cet article.

Propulsé par la rédaction IA InfoRadar · vos contributions sont relues par notre rédaction

Newsletter quotidienne

L'essentiel chaque matin

L'actu des dernières et prochaines 24 h, directement par e-mail.

Sans spam · Désinscription en 1 clic