La spin‑off belge Intercept Bio, née d’une collaboration entre l'Université de Namur et l'UCLouvain, met au point une stratégie préventive originale contre les infections respiratoires : une molécule qui empêche les virus de s'attacher aux cellules du nez, première étape nécessaire à l'infection.
Principe actif : un « leurre » pour le virus
Après une décennie de travaux consacrés aux infections respiratoires, les équipes dirigées par le professeur David Alsteens (UCLouvain) et son collègue de l'UNamur, Stéphane Vincent, ont conçu une molécule mimant les récepteurs des cellules nasales. Elle fonctionne comme un leurre moléculaire : le virus se fixe préférentiellement à cette molécule plutôt qu'à la muqueuse du nez, neutralisant ainsi l'étape initiale d'attachement nécessaire à l'entrée cellulaire.
"Et si le virus n'est plus capable de se fixer sur nos cellules, alors on prévient l'infection."
Selon les chercheurs, la liaison initiale entre le virus et le leurre n'était pas suffisante dans les premières versions ; l'équipe a donc adapté la chimie de la molécule pour améliorer son ancrage sur le virus.
Efficacité et spectre d'action
Les résultats obtenus jusqu'à présent indiquent une activité contre plusieurs agents responsables d'infections respiratoires :
- SARS‑CoV‑2 (coronavirus responsable du Covid‑19)
- Virus de la grippe
- Certains virus impliqués dans des pneumonies
Un avantage important mis en avant par les chercheurs est que cette approche ne dépend pas des variants d'un virus, car elle cible un mécanisme commun d'attachement plutôt que des antigènes variables ciblés par les vaccins.
Mode d'administration et populations ciblées
La formule envisagée est un spray nasal préventif, à utiliser avant une exposition à risque (par exemple lors de transports en commun ou d'événements rassemblant beaucoup de personnes). Les chercheurs soulignent deux catégories de bénéficiaires potentiels :
- les personnes immunodéprimées pour lesquelles la réponse vaccinale peut être insuffisante;
- les personnes qui ne souhaitent pas ou ne peuvent pas se faire vacciner.
Étapes restantes et prudence
À ce stade, la molécule a montré son efficacité en expérimentations de laboratoire et lors d'essais chez la souris, sans toxicité détectée. Les auteurs précisent néanmoins qu'il reste « beaucoup à faire » avant toute mise sur le marché. Les développements doivent suivre les étapes précliniques et réglementaires habituelles avant d'entamer des essais cliniques chez l'humain.
| Élément | Statut |
|---|---|
| Mise au point de la molécule | Réalisée (10 ans de recherche) |
| Tests en laboratoire | Positifs |
| Essais chez l'animal (souris) | Positifs, pas de toxicité observée |
| Application envisagée | Spray nasal préventif |
Les informations fournies par les chercheurs permettent d'envisager un outil complémentaire aux vaccinations et aux mesures d'hygiène, mais sans se substituer aux stratégies déjà validées. La prudence reste de mise tant que des essais cliniques n'auront pas confirmé la sécurité et l'efficacité chez l'humain.
Conséquences : si la voie se confirme, ce type d'intervention pourrait offrir une protection immédiate et non spécifique face à plusieurs virus respiratoires, utile notamment en contextes à risque et pour des populations fragiles. Toutefois, le calendrier et les résultats des prochaines phases de développement détermineront la portée réelle de cette innovation.