En réponse à une crise financière qui menaçait l’existence même du pays, la Corée du Sud a lancé début 1998 une campagne nationale auprès de sa population pour rapatrier de l’or et rétablir des réserves de change. En l’espace d’environ trois mois, 3,5 millions de personnes ont déposé bijoux, pièces, bracelets, lingots et autres objets précieux, représentant au total plus de 226 tonnes d’or.
Contexte : un manque de devises plus que d’actifs
La crise qui a frappé Séoul à la fin des années 1990 tient moins à une absence de richesses que d’une pénurie de devises étrangères. Après l’effondrement des marchés asiatiques parti de la Thaïlande en 1997, les investisseurs étrangers ont massivement retiré leurs capitaux. Les banques sud-coréennes ne trouvaient plus assez de dollars pour refinancer leurs dettes à l’international, tandis que le won se dépréciait fortement. Les réserves de change se sont trouvées quasiment vidées, rendant impossible le service des créances extérieures et l’importation de biens essentiels.
La mobilisation : télévision, banques et symboles
Pour ramener rapidement des devises et restaurer la confiance, les autorités et une chaîne publique ont coordonné une grande opération nationale invitant les citoyens à apporter leur or aux banques. Les images rapportées montraient des files longues devant les agences et des individus déposant des objets parfois très personnels — alliances, cadeaux d’entrée dans la vie professionnelle, petites bagues offertes aux bébés. L’opération, exceptionnelle par son ampleur, est considérée comme la plus importante collecte d’or de l’histoire moderne.
Conséquences économiques et symboliques
- Sur le plan pratique, l’or collecté pouvait être transformé en devises pour renforcer les réserves étrangères et apaiser les marchés.
- Politique et psychologiquement, l’initiative visait à restaurer la confiance — un facteur crucial lors d’une crise de change où la panique alimente la fuite des capitaux.
- Cette mobilisation souligne aussi le rôle des actifs domestiques non bancaires (bijoux, lingots) comme réserve de valeur utilisable en cas d’urgence nationale.
| Élément | Chiffre |
|---|---|
| Participants | 3,5 millions |
| Quantité d’or recueillie | +226 tonnes |
| Année de la crise | 1997–1998 |
| Montant du plan international (FMI) | ~58 milliards USD |
Le plan d’aide international — le plus important jamais accordé par le FMI à l’époque — a accompagné ces efforts nationaux en apportant les devises nécessaires au redressement. L’opération sud-coréenne reste instructive pour les ménages et les entreprises : en période de crise, la confiance collective et la capacité à convertir des actifs tangibles en liquidités peuvent compléter les mécanismes officiels de stabilisation.
Pour les foyers, le geste posé par des millions de citoyens rappelle la valeur d’avoir des actifs diversifiés et liquides en situation de choc. Pour les entreprises, c’est un rappel que la fragilité d’un système financier peut résulter d’un défaut d’accès aux devises plutôt que d’un manque de richesse réelle, et que les solutions exigent souvent une combinaison d’interventions publiques et de mesures de restauration de la confiance.
La collecte sud-coréenne de 1998 demeure une leçon historique sur la gestion d’une crise de change : rapidité d’action, mobilisation de ressources non conventionnelles et appui international peuvent, ensemble, aider à stabiliser une économie au bord de l’asphyxie.