La Haute Autorité de santé (HAS) en France appelle à instaurer une obligation annuelle de vaccination contre la grippe pour l’ensemble des professionnels de santé, les étudiants des filières médicales et paramédicales, ainsi que les personnels des structures médico-sociales accueillant des personnes âgées. Publié lundi, cet avis s’aligne sur les conclusions émises par l’Académie nationale de médecine en mai et marque un tournant dans la stratégie de prévention contre un virus saisonnier aux effets encore largement sous-estimés.
Une obligation sous condition d’un décret
Cette recommandation ne s’appliquera que si un décret en Conseil d’État en précise les modalités et les catégories professionnelles concernées. La HAS fixe ainsi un cap sanitaire, mais la décision finale et son périmètre relèvent du pouvoir réglementaire. L’autorité propose un déploiement prioritaire dans les Ehpad (établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes) et en unités de soins de longue durée (USLD), où résident des publics très vulnérables, puis une extension graduelle à d’autres structures, y compris l’hôpital et les cabinets libéraux.
« l'ampleur du fardeau sanitaire »
Pour la HAS, l’argument central est le poids de la grippe et le risque de transmission nosocomiale du virus par les professionnels au contact quotidien des patients et résidents. L’autorité sanitaire met en avant la charge directe sur les services – hospitalisations, pressions sur les soins, déprogrammations – et indirecte via les absences du personnel. L’épidémie 2025-2026 a été à l’origine de 12.700 décès en France, contre 17.900 l’année précédente, particulièrement sévère. Sur le plan économique, le coût annuel est évalué entre un et deux milliards d’euros.
| Indicateur | Valeur |
|---|---|
| Décès liés à la grippe (2024-2025) | 17.900 |
| Décès liés à la grippe (2025-2026) | 12.700 |
| Coût annuel estimé | 1 à 2 milliards € |
Priorités et calendrier: cap sur les établissements gériatriques
La HAS préconise d’agir d’abord là où le risque de complications est le plus élevé: les Ehpad et les USLD. Ces structures accueillent des personnes très âgées – les trois quarts des résidents ont plus de 75 ans – et exposées quotidiennement à un contact rapproché avec des professionnels. Pour les autres lieux de soins et d’accompagnement (hôpitaux, médico-social accueillant des aînés, cabinets libéraux), une montée en charge progressive sur deux ans, avec une possible prolongation d’un an, est proposée afin de favoriser l’adhésion et l’organisation pratique.
Pourquoi cette inflexion maintenant?
Au-delà de la morbidité et de la mortalité, la grippe saisonnière crée un effet domino dans le système de soins: augmentation des passages aux urgences, reports d’interventions et difficultés de remplacement liées aux arrêts maladie chez les soignants. La vaccination ciblant les professionnels en contact avec des patients vise à réduire la circulation virale dans des environnements sensibles et à protéger les plus fragiles. L’avis publié par la HAS s’inscrit dans une dynamique déjà engagée en France autour des obligations vaccinales en milieu de soins.
Quelles implications concrètes pour les équipes?
Si le décret est pris, les établissements devront adapter leurs protocoles: planification des campagnes, traçabilité des vaccinations, information des équipes, gestion des éventuelles contre-indications. La HAS évoque également des actions à destination des professionnels exerçant en libéral, avec un appui scientifique pour structurer l’offre et l’accompagnement. L’objectif est d’atteindre une couverture élevée, garante d’un effet de protection indirecte parmi les patients âgés et dépendants.
- Obligation annuelle proposée pour soignants, étudiants et personnels en gériatrie.
- Phase prioritaire en Ehpad/USLD, puis déploiement gradué sur 2 ans (prolongeable 1 an).
- Justification: mortalité élevée, pression hospitalière, coût estimé 1–2 milliards €.
Un débat appelé à dépasser les frontières
La décision finale appartient aux autorités françaises, via un texte réglementaire. Mais l’enjeu – protéger des publics à haut risque et stabiliser l’offre de soins lors des pics épidémiques – est observé de près au-delà de l’Hexagone. Les saisons récentes, marquées par des vagues grippales contrastées, rappellent la nécessité d’outils robustes pour limiter les formes graves et préserver la continuité des prises en charge. Sans préjuger des arbitrages, l’avis de la HAS place la vaccination des professionnels au centre d’une stratégie de prévention plus structurée.
À ce stade, aucune modalité détaillée n’est arrêtée: catégories précises de personnels, exemptions, calendrier opérationnel et dispositifs d’accompagnement devront être tranchés dans le cadre du décret annoncé. L’évolution sera suivie de près par les acteurs de la santé et du médico-social, alors que la période automne-hiver se profile comme un moment déterminant pour prévenir les formes graves de grippe dans les établissements et à domicile.