Le gouvernement fédéral a annoncé en avril 2026 l’ouverture de négociations avec ENGIE afin de reprendre la main sur les sept réacteurs nucléaires exploités en Belgique, répartis entre les sites de Doel et de Tihange. Cette orientation, portée par le Premier ministre Bart De Wever, marque un tournant économique: l’État envisage une nationalisation d’un maillon central du système électrique national.
Ces centrales ont fourni jusqu’à 45 % de l’électricité produite dans le pays au cours de la dernière décennie. Dans un contexte de flambée des prix de l’énergie et de tension sur le pouvoir d’achat, l’exécutif met en avant un objectif clair: sécuriser une électricité plus bon marché et plus fiable pour les consommateurs, tout en renforçant la prévisibilité pour les entreprises.
Pourquoi maintenant? Un calcul industriel et financier
Au-delà de l’argument de la sécurité d’approvisionnement, le dossier s’appuie sur une réalité économique: une fois construites et en service, les centrales nucléaires sont décrites comme rentables. Selon les éléments avancés, l’ensemble des sept réacteurs a généré pour ENGIE un bénéfice annuel stable évalué entre 1,5 et 2 milliards d’euros. Cette rentabilité explique que, malgré son ancrage libéral, le gouvernement de Bart De Wever se montre disposé à intervenir directement dans un secteur stratégique.
| Actif | Localisation | Rôle dans le mix | Rentabilité évoquée |
|---|---|---|---|
| 7 réacteurs nucléaires | Doel & Tihange | Jusqu’à 45 % de la production électrique sur 10 ans | 1,5–2 milliards € par an (pour ENGIE) |
Ce que cela peut changer pour les ménages et les entreprises
Une reprise publique des réacteurs répond à deux enjeux concrets:
- Prix: l’ambition affichée est de rendre possible une électricité plus abordable pour les foyers, en réduisant l’exposition aux à-coups du marché.
- Fiabilité: une gouvernance alignée sur l’intérêt général vise une meilleure prévisibilité pour les PME et les industries intensives en énergie.
Pour l’économie réelle, la stabilité tarifaire est un facteur clé d’investissement et de compétitivité. A l’inverse, des prix volatils pèsent sur les marges, retardent les projets et fragilisent l’emploi. En reprenant la main sur un pilier de la production, l’État entend limiter ces aléas. Les effets sur les factures dépendront toutefois des termes concrets des négociations et de l’architecture future du secteur.
Une inflexion assumée dans la doctrine économique
La démarche surprend chez un exécutif de droite attaché au marché. Mais elle s’explique par l’environnement économique et géopolitique. Comme le souligne l’analyse publiée par le politiste Nicholas Mulder, le cadre idéologique a bougé depuis une décennie :
« Depuis 2016, on constate que le caractère sacré de la propriété privée, et le consensus qui s’était créé autour du libre-échange et du laissez-faire économique, se sont effondrés. »
Dans cette perspective, la Belgique s’inscrit dans un mouvement plus large, où des démocraties occidentales choisissent de réinvestir des secteurs jugés stratégiques. Ici, l’énergie, au cœur de la compétitivité et du pouvoir d’achat, devient un champ d’intervention prioritaire.
ENGIE, un partenaire clé et un actif sensible
La compagnie française exploite depuis des décennies le parc nucléaire belge. Les bénéfices évoqués, compris entre 1,5 et 2 milliards d’euros par an, illustrent l’enjeu financier qui entoure ces actifs. L’issue des discussions avec l’État déterminera le schéma de gouvernance future et la répartition des risques et des revenus. Pour les autorités, il s’agit de concilier sécurité d’approvisionnement, coût de l’électricité et équilibre financier de l’opération.
Un dossier à forts enjeux macroéconomiques
Au-delà de la facture énergétique, l’arbitrage pèsera sur les finances publiques et la trajectoire industrielle du pays. La capacité à maintenir des prix stables influence directement la compétitivité des filières exportatrices et l’attractivité du territoire pour les investissements productifs. Pour les ménages, l’objectif de modération des coûts de l’énergie est central dans un contexte de coût de la vie sous tension.
La décision de lancer des négociations constitue une étape politique majeure. Les modalités concrètes — calendrier, périmètre exact, conditions financières — dépendront des discussions en cours. Mais le cap est clair: replacer un actif stratégique au cœur de la politique économique, avec pour boussole la stabilité des prix et la sécurité énergétique.